On avance !

– Docteur ! La pharmacie m’a avancé une boîte. Vous pouvez me la marquer ?

Vous ne pouvez pas savoir le nombre d’heures que m’a fait perdre cette phrase qui revient régulièrement, en fin de consultation, au moment de rédiger l’ordonnance.

En France, la législation sur la délivrance des médicaments est très claire, mais très bête. Le pharmacien ne peut pas délivrer (sauf pour la pilule contraceptive) plus d’un mois de traitement par mois. Il y a quelques années une tolérance permettait d’écrire par exemple : Panacéum (boîte de 30 gélules), 1 gélule par jour, 3 boîtes. Le pharmacien délivrait trois boîtes et la sécu remboursait. Depuis une dizaine d’années, fini la tolérance : la sécu ne rembourse plus qu’une boîte.

Comme il y a des boîtes de 28, de 30, de 50, des demi-comprimés et que les gens n’ont parfois pas le temps d’aller chez le médecin pile poil avant la fin du mois, ils vont chez le pharmacien qui leur « avance » une boite de remède sans leur faire payer et leur dit : « Vous la ferez marquer par le médecin ! ». Moralité, les pharmaciens ont des ardoises incroyables de médicaments « avancés » dont ils attendent l’ordonnance pour pouvoir se les faire payer et le médecin se trouve bien embêté.

Soit, il fait une ordonnance antidatée spéciale pour « la boîte », soit il double la posologie sur l’ordonnance pour que pharmacien puisse lui récupérer sa boîte et donner le traitement pour le mois qui suit. Avec le risque que le malade prenne double dose, comme indiqué sur l’ordonnance, ce qui engage bien sûr la responsabilité du docteur. Mettre « à renouveler » sur l’ordonnance ne règle pas le problème puisque le pharmacien est normalement obligé d’attendre un mois avant de délivrer une nouvelle « mensualité » médicamenteuse.

Allez faire comprendre ça simplement ! Vous en avez pour quelques minutes qui se répètent régulièrement, trop régulièrement. Et après avoir bien expliqué, vous donnez l’ordonnance « trafiquée » au patient qui vous dit : « Ah bon, Docteur, il faut que j’en prenne plus ! » AArgh !!

Le plus simple serait que le pharmacien fasse payer la boîte qu’il avance ou que le médecin refuse ce petit jeu et que le patient ne soit pas remboursé. Mais notre système libéral clientéliste est assez cruel avec ceux qui sont trop rigoureux : vous perdez le client.

Surtout que le patient a besoin de son traitement. Je ne crois pas qu’il existe de trafic sur les antihypertenseurs, les antidiabétiques ou les médicaments contre le cholestérol. J’ai maintenant des patients qui préfèrent attendre de pouvoir aller chez le médecin et passent quelques jours sans traitement. Parfois, le risque d’une complication est réel.

Et tout ça pour économiser quelques euros.

On est bien avancé !

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