Café bouillu

« Docteur, vous prendrez bien un café ! »

Il reste un peu de convivialité dans notre métier. Faisant énormément moins de visites et le plus souvent chez des gens très âgés et dépendants, les offres de café, de petit coup à boire, de gâteaux, crèpes et bonbons divers sont beaucoup moins fréquentes.

Je me rappelle, un de mes premiers remplacements, celui qui a fait que je suis devenu médecin généraliste à la campagne… Deux heures du matin après avoir soigné un œdème du poumon au fin fond de la campagne aveyronnaise, le patient va mieux,… le docteur aussi !! La solitude du médecin dans les moments d’urgence est présente, quasiment physiquement : un nuage lourd qui pèse sur les épaules, une angoisse qui aiguise l’esprit, mais serre la gorge et fait battre le cœur plus vite. Et bien sûr, il faut rester calme en apparence, et souriant même, et quand vous avez vingt-cinq ans et que vous sortez de l’hôpital où vous avez toujours un recours pas bien loin, vous avez plutôt envie de prendre vos jambes à votre cou et de vous retrouver très loin,… ailleurs…

Alors, le « petit coup à boire » est bienvenu. La dame du monsieur qui va mieux sort la gnôle du placard et m’en verse une rasade dans un verre à moutarde. C’est bon, cette chaleur qui descend puis cette insouciance qui remonte. Après, il a fallu retrouver le chemin du cabinet dans le brouillard. La vieille 203 break m’a ramené au bercail. Elle devait avoir l’habitude.

Plus redoutable est d’accepter le café. Dans certaines maisons, l’usage est de faire le café une fois par semaine. Il reste donc à décanter tranquillement dans la cafetière. Le café est servi réchauffé dans une petite casserole en alu. Le grésillement du café au fond de la casserole marque la fin de la « cuisson ». Le goût de ce genre de café est indescriptible ; saveurs de goudron frais, de crâmé ancien, de charbon aromatisé à la chicorée.

Café bouillu, café foutu !

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