Q.I. cuit ?

Aujourd’hui, j’ai peiné. Mes consultations ont été assez laborieuses. Il y a des jours comme ça où vous n’avancez pas ! Le public n’est pas bon ou le docteur est fatigué. Ce matin, c’était peut-être le public qui n’était pas bon. En tout cas, pas réceptif à mes explications.

Le monde semble de plus en plus complexe. Pour certains de mes patients, il semble beaucoup trop complexe. Ce jeune patient doit rentrer dans un centre d’apprentissage pour handicapé. Il reçoit des papiers de la sécu et m’appelle, à midi, pour que je passe chez lui d’urgence. Il lui faut un tampon. En fait, je sais que ces papiers n’ont rien à voir avec son admission, mais je n’arrive pas à le rassurer. Alors il vient. Et je lui reexplique qu’il faut qu’il revienne le lendemain car il y a besoin d’une consultation longue que je n’ai pas le temps de faire maintenant. Il avait simplement reçu le compte rendu de son examen de santé.

« Vous ne l’avez pas en ampoule ? » Pour cette grosse femme d’une cinquantaine d’années, la vie n’a pas toujours été tendre. Elle boit un peu, a des enfants dont elle ne sait pas grand-chose depuis que la DDASS les lui a retirés.
Non, ça n’existe pas en ampoule, il n’y a presque plus d’ampoules : trop cher à produire, trop ringard.
Son copain intervient : « C’est que, les remèdes, elle les croque ! »
Depuis toujours, elle croque tout : comprimés, gélules. Ce n’est pas sans risque et j’essaye de lui expliquer. Elle me regarde avec ses grands yeux bleus étonnés. Personne n’avait jamais pensé à lui dire !

Cette dame de 70 ans se courbe lentement mais sûrement. Elle est obligée de lever les yeux pour me regarder. La tête redressée comme un ver qui sort d’une pomme, elle a un peu de fièvre depuis quelques jours. C’est la troisième fois qu’elle consulte pour ça en cinq jours. Son mari a la même chose, son nez coule, c’est certainement une virose. Mais voilà, dans son monde, fièvre égale antibiotiques. Et son mari de surenchérir : « Elle est sujette aux bronchites ». En fait, elle en a fait deux qui ont nécessité des antibiotiques. Alors depuis, dès qu’elle est enrhumée, elle demande ses antibiotiques qu’elle finit par obtenir. Alors pour elle (et son mari) c’est une bronchite. La thérapeutique crée la maladie ! Pourvu qu’elle n’ait pas un effet secondaire avec l’antibiotique, je m’en voudrais longtemps.

Les adolescentes boudeuses et condescendantes sont parfois étonnantes. Le cerveau semble parfois avoir grillé avec le portable. Pour celle-ci qui a mal au ventre et de la diarrhée, impossible de lui faire préciser le nombre de fois qu’elle va à la selle en temps normal. Elle ne sait que hausser les épaules et faire « Pfft » dans un petit soupir étonné. J’ai reformulé : « aller faire caca », « aller chier ». Sa mère s’y est mise. Impossible.

Je vous le dis : chiants ils étaient ce matin !

3 pensées sur “Q.I. cuit ?”

  1. pas facile d’éditer un commentaire…je réitère lol je trouve très représentatif ce comportement de l’ado et j’imagine bien votre adrénaline qui monte qui monte , si seulement ils voulaient bien nous ouvrir leurs portes on pourrait communiquer

Laisser un commentaire