Médecin pompé

Depuis 16 ans, je suis médecin pompier. Volontaire. Autrement dit, quand je me suis installé, mon prédécesseur était médecin pompier et j’ai poursuivi le sacerdoce.

Nous avons un joli bip qui fait un bruit atroce quand il se déchaîne, nous sommes « indemnisés » quelques euros de l’heure d’intervention, nous avons droit à l’uniforme (sur mesure), que j’ai mis deux fois. Et surtout, nous sommes corvéables à merci. Ah, j’oubliais, nous sommes aussi sur la photo du calendrier.

Notre fonction semble indispensable dans un village situé à plus de 35 kilomètres du premier hôpital, mais j’aimerais simplement ne pas être dérangé pour rien. Ce qui semble trop demander.

Garde de ce week-end. Samedi, il est 20 heures, je viens de rentrer d’une journée de boulot, je vais me mettre à table, le bip sonne. Il y a une maison qui brûle dans le village et il y aurait un blessé « au genou », « incommodé par la fumée ». On n’y va !

À l’arrivée, un homme charmant qui se demandait bien pourquoi on m’avait dérangé et qui s’était blessé en marchant sur une pomme, la veille au soir. Ça ne s’invente pas !

Dimanche matin, il est 8 heures, le bip sonne. Un « malaise » dans une voiture. Là, je sais déjà que c’est une connerie avant de partir. À tous les coup, c’est quelqu’un de « fatigué » qui rentrait de boîte et qui s’est arrêté au bord de la route pour piquer un roupillon. Un passant a vu le mec dans la voiture et sans aller voir a prévenu les pompiers avec son téléphone portable (un grand classique). J’y vais tout de même, puisqu’ils ne feront rien sans mon avis de toute façon. En cours de route, je croise un pompier qui me dit de passer tout d’abord à la caserne. Bien m’en a pris. D’abord le café était bon, et ensuite, notre « malaise » s’était barré avant notre arrivée.

Hier matin. Le lycée m’appelle. Un des élèves s’est pris le pouce dans l’engrenage d’une bétonnière. Ils me l’amènent au cabinet. Le pouce est un peu « destroyed » avec un ongle qui a des vues d’indépendance. Je calme le garçon avec un peu de morphine et je cherche une ambulance ou un taxi pour l’amener aux urgences pour faire les radios et rafistoler le morceau.

Impossible d’en trouver, elles sont toutes sur les routes de la région. J’appelle donc le 15 pour qu’ils me trouvent un moyen de transport. Y’en n’avait pas, alors ils ont « déclenché » les pompiers. Vous imaginez ! Un camion ambulance et trois types super-formés au secourisme pour accompagner un mec qui avait un pansement sur le pouce. Gabegie ?

C’est vous qui paye !!

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