Creuser le trou en compagnie

Monsieur Jacques est mon patient depuis plus de quinze ans. J’ai soigné sa mère jusqu’à la fin, ça crée des liens. Il vient me voir de temps en temps pour renouveler ses traitements. Il a des petites pathologies, chiantes, mais pas graves. Un psoriasis avec quelques plaques très limitées, une colite qui le fait souffrir de temps en temps et des migraines qui passent avec du paracétamol. Pas un client qui rapporte. Une ou deux consultations par an.

Ce vieux célibataire un peu anxieux ne sait pas trop lire, mais ça ne l’empêche pas d’obtenir de nombreux prix pour l’élevage de ses chevaux. C’est un régal de voir ces colosses sortir de la brume, les naseaux fumants, la robe luisante et la crinière blonde.

Mais voilà, il a trouvé une compagne. Qui lui ressemble étrangement d’ailleurs. La première fois que je les ai vus ensemble, j’ai cru que c’était sa sœur. La gaffe !

Et elle s’occupe de sa santé.

Alors, ces maux de tête, ça l’inquiète. Ils ont voulu aller voir le neurologue. Qui a proposé une batterie d’examens et, à ma grande colère, un traitement de fond de sa migraine. Ça n’a pas raté, le traitement a été très mal supporté, il a fallu faire d’autres examens et prendre d’autres traitements. Le psoriasis a été vu par un dermato qui a bien sûr indiqué un traitement qui ne change rien, mais bon, c’est le dermato. Et je reçois aujourd’hui la lettre de l’ophtalmo qui conclue que ses troubles visuels sont dus à ses migraines, ce que je savais depuis plus de quinze ans. Et elle propose de l’envoyer à la consultation « migraine » de l’hôpital universitaire de la ville voisine.

À suivre.

Mme Marie s’est tordu le genou en tombant. Elle vient me voir le soir parce que son genou « la lâche ». J’examine le genou. Pas grand-chose. Je lui dis de patienter quelques jours et de voir. Son mari voudrait bien une radio, mais je lui explique que la radio ne voit que les os et que, s’il y a quelque chose ce n’est pas osseux.

Quelques jours plus tard, je la revois. Son genou a toujours tendance à lâcher. Je l’examine à nouveau et je la fais examiner par mon interne. Toujours pas grand-chose. Le mari veut savoir ce qu’elle a et veut une IRM. J’essaye d’expliquer que l’examen par DEUX médecins élimine un truc grave et que de toute façon, quel que soit le résultat de l’IRM, nous ne ferons rien de plus.
Rien à faire et je finis par prescrire. Donc IRM faite quinze jours plus tard qui montre des lésions ligamentaires bénignes. Le radiologue recommande une consultation chirurgicale. Je reçois la lettre aujourd’hui me disant qu’il n’y a rien à faire.

Au fait, Mme Marie ne se plaint plus de son genou depuis plus d’une semaine.

Comment faire pour ne pas faire !

4 pensées sur “Creuser le trou en compagnie”

  1. le mieux est souvent l’ennemi du bien.
    mon GP ,vieux toubib medisait »t’inquiète pas,tant que la mécanique marche, on n’y touche pas,parce-que remettre des pièces neuves sur une vieille mecanique c’est la deglinguer à tous les coups ».
    Pas si bête ce vieux fou!

  2. bonjour,
    ce n’est pas le carnaval, mais c’est le carnaval qui a communiqué le lien de votre blog.
    Je dirai que les patients sont très exigents..
    et dire que je suis « obligée » d’aller chez le médecin pour une ordonnance tous les six mois. Au fait, il m’a dit de faire faire des exam.. mince j’ai encore oublié.. faut s’écouter, mais pas trop.. Moi quand ça ne va pas, et patati et patata, je me chope une déprime et je dis là, faut consulter parce que le corps réagit ainsi à un peit chouia d’angine ou autre.. le corps parle.. ou l’âme.. les deux quoi..et le médecin ne me propose plus de traitements anti je ne sais pas quoi. Mon remède, rester chez moi et me guérir du chouia..
    Je préfère les blogs des médecins que d’aller consulter en vrai. j’aime beaucoup.. c’est ma thérapie du soir… J’écris, puis je vais sur un blogue.. et j’écris.. et la nuit avance.. mais je dois aller dormir..
    Clémentine
    je ne suis pas inscrite.. je ne mets pas mon nom, car il s’affiche sur google.. et je veux pas que certaines personnes repèrent que je « consulte » les blogues, le soir.. (lol)…

  3. En lisant ce billet…y ai retenu » Pas un client qui rapporte! », on peut comprendre par cette simple remarque les problemes entre medecins et patients.

  4. Bonjour Thérèse,
    Si vous n’avez retenu que ça, c’est que vous n’avez pas compris que c’était du 2e degré. Une façon rigolote de dire que je ne le voyais pas souvent avant que sa compagne et la médecine s’occupent de lui.

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