Absurdum Securitum Socialum

Mme P. a 101 ans.

À la suite d’une chute alors qu’elle rendait visite à sa sœur, elle a rebondi d’un hôpital à l’autre et elle se retrouve hébergée dans une maison de retraite du Sud-Ouest alors qu’elle habite la région parisienne. Toute sa famille vit dans le coin et a quitté Paris.
À son arrivée, aucun renseignement médical. Un vague traitement à visée cardiologique et c’est tout. Je demande à la dame le nom et l’adresse de son médecin de la capitale, mais le nom qu’elle me donne n’est pas dans les Pages Jaunes. Sa Carte Vitale indique qu’elle est « à 100 pour cent », mais pas pour quelle maladie.
Je téléphone donc à la Caisse de Champigny sur Marne et demande le service médical. Je tombe sur une charmante dame qui me dit que ma nouvelle patiente à DEUX ALD (Affection Longue Durée), donc deux maladies chroniques et suivies, mais qu’au téléphone elle ne peut rien me dire. « Si je vous le dis, je risque ma place ! ». Elle me donne tout de même le nom du médecin traitant que j’appelle illico.
« Oh ! » me dit-il, « j’ai très peu vu cette patiente que j’ai prise en charge voilà un an seulement. Ce n’est pas moi qui aie fait les demandes d’ALD et je ne savais même pas qu’elle en avait deux ! » Nous voilà bien avancés !
Que pensez d’un système où les Caisses exigent que les ALD soient demandées par les médecins traitants, mais ne préviennent même pas quand le médecin traitant change ?
En ce moment, ils se focalisent sur les diabétiques. Un de mes patients a été convoqué. Il est donc venu me voir, car sur la lettre type il est indiqué qu’il doit amener tous les documents médicaux en sa possession. Et comme, il n’avait rien gardé, il venait me demander de lui en fournir. Je lui ai dit que le médecin-conseil avait tout ce dont il avait besoin pour prendre sa décision et qu’au pire, il me téléphonerait pour en savoir d’avantage. Il m’a fallu un certain temps pour le convaincre.
Il est revenu après son entretien avec un questionnaire Sophia (gadget inutile et coûteux de la Sécu qui lui donne l’impression de faire quelque chose d’utile) et un nouveau protocole de soins à remplir. Donc, le médecin-conseil accepte l’ALD (elle avait pré-coché les cases), mais il faut quand même que je remplisse le papier chez un patient qui avait eu une ALD à titre définitif, il y a quelques années.
J’ai déchiré le papier et réimprimé l’ancien protocole gardé en mémoire dans mon ordinateur. Que de temps et d’énergie perdus pour des bêtises inutiles.

Vendredi matin, un patient est sorti de la consultation avec 16 (seize) feuilles imprimées. C’est de pire en pire !

1 pensée sur “Absurdum Securitum Socialum”

  1. Je vois que comme nous vous entretenez de rapports trés amicaux avec les médecins conseils de la S.S, d’ailleurs certains sont ils vraiment médecins?
    L’informatique aurait pû être un outil trés intéressant mais comme le but réel de ceux qui l’ont mis en place est le flicage (ce qu’on nomme parfois tracabilité! ) des uns et des autres, il devient vite une contrainte par le nombre de documents qu’il génére.
    Dommage! tout cela génére de la méfiance entre les gens

Laisser un commentaire