Lettre à un psychiatre

Mon cher confrère,
Il m’a fallu quelques mois pour vous écrire cette lettre. Et même aujourd’hui, je ne sais pas si je vais vous l’envoyer. Il a fallu tout ce temps pour dissiper le plus gros du chagrin et de la colère.
Quand votre service m’a appelé pour me demander les coordonnées de la sœur de M. K. qui s’était sauvé de l’hôpital, j’ai compris où il était parti.
M. K. est venu à ma consultation deux cent vingt-sept fois depuis 1997. Ça fait un paquet d’heures. Je pouvais savoir s’il allait bien, rien qu’en regardant la pendule : dix/onze heures, tout allait bien, midi moins le quart ou midi, ça allait mal.
M. K. est maniaco-dépressif. On dit maintenant bipolaire. Plus dépressif que maniaque. Notre première rencontre avait duré plus d’une heure. Il était très mal. Son regard noir aspirait la lumière, aspirait la vie…, sa vie. Je l’ai fait hospitaliser en urgence. Ils ont essayé divers traitements dont la sismothérapie, mais seul le lithium a réussi à le sortir du trou.
Il avait pu reprendre son travail à la Poste où il recevait les clients avec plus ou moins d’efficacité en fonction de son état psychique. Il avait toujours quelques phases dépressives avec quelques angoisses et des phases un peu maniaques où il partait en vélo, faisait de la peinture, écrivait des poèmes et participait à des associations caritatives. J’admirais son courage d’essayer envers et contre tout d’aller travailler tous les matins, malgré la pression de ses collègues qui voulaient plutôt le voir en arrêt et en invalidité. Et la pression de la maladie qui aurait voulu le voir rester au lit. Nous en avons souvent parlé.
Il est allé, clopin-clopant — il boitait, séquelle d’une défenestration ancienne — jusqu’à la préretraite.
Depuis quelques années il était suivi par le CMP, dont vous avez la charge. Je sais que dans notre département les psychiatres se font rares et que vous abattez le travail de plusieurs. Mais quand vous avez changé son traitement, pour des trucs plus modernes, pour diminuer ses fluctuations d’humeur, j’ai vu rapidement que ça n’allait pas bien.
Comme vous ne communiquez absolument pas avec les médecins généralistes, je n’ai pas pu vous dire que ce genre de thérapeutiques avait déjà été essayé sans succès. Quand M. K. vous a dit qu’il allait mal, vous l’avez renvoyé dans ses cordes : « C’est moi le psychiatre ! » Quand je vous ai écrit pour vous dire qu’il allait mal et que j’étais inquiet, vous n’en avez tenu aucun compte. Vous n’avez même pas daigné me répondre. C’est vous le psychiatre.
Comme son état s’aggravait malgré tous les changements de traitements, vous l’avez hospitalisé. Je m’en suis douté puisque que je ne voyais plus M. K. et j’en ai eu la confirmation quand l’infirmier du service m’a appris qu’il avait fugué de l’hôpital.
Vous savez que son corps a été retrouvé trois mois plus tard, flottant entre deux eaux.
Il est peut-être plus heureux comme ça. La vie ne l’avait pas épargné.
Mais vous ne l’avez pas aidé.
Confraternellement,

11 pensées sur “Lettre à un psychiatre”

  1. Le probleme c’est que tous les generalistes ne sont pas non plus de bon psychiatre. Comme partout il y a de bon et mauvais psychiatre et de bon et de mauvais medecin.

    Je comprend que vous soyez triste pour votre patient. Mais moi ce poste il me fait douter de mon psychiatre et si je n’ai pas confiance en lui en qui puis je avoir confiance ? Même pas en moi vue que je suis folle si je ne prend pas mes medicaments.

    Je ne comprend pas pourquoi je vois tellement d’ecris negatif sur les psychiatres. Mais sans eux moi je serais encore dans mon enfer.

    1. Bonsoir Athala,
      Ce que je reproche surtout à ce psychiatre, c’est de faire comme s’il était le seul à prendre en charge ce patient et comme si personne avant lui ne s’en était occupé. Ce n’est pas un problème de compétence, c’est un problème de modestie. Pas plus lui que moi ne sont capables de prendre en charge tout seul ce genre de patient. Nous avons vraiment besoin de travailler en équipe. La médecine du praticien solitaire et demi-Dieu est de la mauvaise médecine. Quelque soit la spécialité !

  2. Bonjour,
    Témoignagne édifiant des abus de la psychiatrie; quelques associations les dénoncent, combien de vie brisés?

    Nous avons là un refus d’évaluer objectivement les effets d’un traitement.
    Il ne s’agit pas d’être contre les médications psychiatiques mais de faire l’effort de prendre l’information ou qu’elle se trouve. En tant que Généraliste vous étiez le mieux placé pour dire que le nouveau traitement équilibrait moins bien votre patient. Le psychiatre n’en a cure, dans sa tour d’ivoire, il est souvent tout puissant. Les prescriptions routinières, les consultations baclées dans lesquelles le patients n’est qu’un tube digestif apte à recevoir les médications les plus puissantes; C’est tout simplement choquant et d’un autre temps car il ne sont jamais inquiétés lorsque leurs prescriptions délirantes amène un drame.

    A quand une approche pluri-disciplinaire où la modestie serait de la partie. Ou on aurait la capacité et l’humilité de recueillir la parole de ceux qui sont en contact réel avec le patient.Au risque aussi de s’appercevoir qu’il va moins bien; et ce même si son traitement est la dernière molécule à la mode.

    Cette approche n’est pas rémunératrice car elle prend du temps et implique une vraie rencontre des êtres et des savoirs.

    Les études de médecine ne préparent pas à cette révolution, pas plus que le système de soins…Les consultations minutées, les prescriptions minutes sont un non-sens en médecine.

    Cela me rappelle une évidence que l’on cherche à confirmer « scientifiquement »

    L’homéopathie, ça marche de charlatans infos

    Alors que cette étude montre que les remèdes homéopathiques n’apportent aucun bénéfice, les médecins conventionnels devraient pouvoir tirer des leçons de la manière dont les homéopathes s’occupent de leurs patients, ajoute Lewith.

    « Quand vous mettez le patient au coeur de la consultation vous obtenez un effet puissant. Je pense qu’il y a pas mal de leçons à en tirer pour la médecine scientifique, à propos du besoin du patient d’être au coeur de l’attention, au lieu de le traiter comme des maladies sur pattes. »

    L’auteure de l’étude, le Dr Sarah Brien, ajoute que tandis que des études précédentes avaient montré que l’homéopathie aidait les patients atteints d’arthrite rhumatoïde à hauteur des placébos, cette étude apporte la preuve que c’est surtout la consultation via les échanges qui permet de tels bénéfices.

  3. J’aurais du me relire, je vois les fautes d’orthographe après. Veuillez notez aussi que simple patient, je ne veux donner de leçon à personne. Plus facile à dire qu’à faire me dira t-on.

    Un équilibre à trouver sans doute?

    Le choix des médicaments un vrai casse-tête pour un médecin sous influence. Le Docteur Dupagne a beaucoup écrit sur cette question et je me souviens d’avoir lu sur quelques médicaments du rhume l’avis de trois généralistes…contradictoire etc.
    Il doit falloir une sacré personnalité pour se faire une opinion et prescrire en conscience. Entre les habitudes, les évaluations du SMR et l’évidence Based Medicine et j’en passe.

    D’autre part, je viens de découvrir dans un autre de vos article ce qu’il en coute de ne pas prescrire d’antibiotiques dans les rhinopharyngites.Franchement,je trouve cela très courageux et honnête car cette attitude est dans l’intérêt de tous. En revanche, vous devez vous sentir bien seul…

    « Quand vous êtes le seul à ne pas prescrire d’antibiotiques dans les rhinopharyngites pendant plus de dix ans, la sanction est simple : vous ne voyez plus un gosse dans votre salle d’attente pendant dix ans ».

  4. Cynique, mais oh combien traduction du réel du spécialiste qui prend le patient comme désintégré de sa vie de tous les jours. Je suis spécialiste et n’ai pas honte de le dire. Enfin, je ne suis pas psy du tout !

  5. Cynique, mais oh combien traduction du réel du spécialiste qui prend le patient comme désintégré de sa vie de tous les jours. Je suis spécialiste et n’ai pas honte de le dire. Enfin, je ne suis pas psy du tout !

  6. C’est terrible!
    Quand on prend de haut ses patients on n’est plus à leur écoute et on ne fait plus son travail de médecin. Et c’est un gros travers de psychiatres et de certains confrères (rares je l’espère).

  7. bonsoir, je suis contente de pouvoir vous lire. Personne ne sait mieux que le patient ce qu’il ressent et ce n’est qu’en confrontant nos avis qu’on peut arriver à approcher sa réalité. Ce métier demande beaucoup d’humilité et c’est peut être ce qui nous manque un peu tous

  8. Bonjour,

    Crise économique et financière? Individualisme sociétal? Lenteur d’un système? Loi du profit?

    Comme il est difficile de faire entendre sa voix…

    Je suis infirmière remplaçante libérale depuis septembre 2010. J’ai choisi de travailler aux côtés d’un infirmier qui s’est orienté dans la prise en charge des patients ayant une pathologie psychiatrique.

    Mais la CPAM des Hautes-Pyrénées refuse le remboursement de la majeure partie de leurs soins. Aucun texte de loi ne justifie cette décision. Elle se base sur l’article 11 la NGAP (Nomenclature Générale des Actes Professionnels). Hors, tel qu’il est rédigé, cet article n’exclut pas les patients psy. C’est une interprétation qui revêt un caractère discriminatoire…

    Mon collègue et moi avons refusé de se plier à cette décision. Nous nous sommes mobilisés et avons multiplié les démarches auprès des professionnels, instances, et responsables (http://infirmier-psy-liberal.com/). D’abord pour défendre le droit d’accès aux soins de ces personnes et pour défendre la profession infirmière.

    Nous ne souhaitions pas rentrer en conflit avec le sécurité sociale et nous sommes restés ouverts à un travail de concertation. Car il n’est pas humainement envisageable d’abandonner ces personnes et de les priver des soins qu’ils nécessitent. Mais nos sollicitations sont restées vaines. Certes il y a des projets à moyen terme, mise en place d’un réseau de soins, élaboration d’une nouvelle NGAP. Mais aucune alternative de soins à court terme n’est proposée. Ce vide de soin expose fatalement ces personnes à la décompensation et à la ré hospitalisation…

    Suite à la décision de la CPAM, nous n’avons pas pu nous résoudre à abandonner nos patients; nous avons poursuivis les soins de manière minimale et sans les facturer. Mais 4 mois à ce régime nous ont conduits à l’épuisement. Malgré tout nous restons mobilisés et nous soutenons que cette injustice ne doit pas rester sans réponse. Nous estimons que cette situation s’élève au statut de problème de santé publique. Et nous tenons à ce qu’un maximum d’individus en prenne connaissance.

    Dans le cas où vous soyez sensibilisé à ce problème je vous invite à vous rendre sur le site que nous avons créé, à signer la pétition (http://infirmier-psy-liberal.com/signez-la-petition.html), et à relayer l’information à vos contacts.

    Bien cordialement.
    Marie W.

  9. Je trouve que ton billet est juste, que tu lui as rappelé sa place de Psychiatre et de collègue. Je sais que les Psychiatres dans les CMP sont débordés, par manque de moyens et d’effectifs, mais quand même, lorsqu’un généraliste prend le temps d’écrire sur l’état d’un patient, qu’il connait manifestement mieux qu’un Psychiatre, ce dernier pourrait au moins accorder un certain crédit à ses lettres.
    Je suis moi-même Psychologue.

  10. Je trouve que ton écrit est assez violent… J’essaye de me mettre dans la peau du psy, qui déborde de travail et n’a peut être pas prête attention à ce que tu lui avais transmis. Je suis consciente des erreurs qu’il a sans doute commises, mais dans ta lettre tu l’accuses clairement d’avoir tué votre patient! Tu trouves qu’il a trop d’ego, mais tu n’en manques pas non plus! Tu n’as jamais fais d’erreurs! Tu ne t’es jamais trompe?
    Après tout qu’en sais tu de la manière dont le psy avait appréhendé le malade si tu n’en as pas discute de confrère à confrère?

    Je te trouve presque à la limite du « maltraitant » avec tes collègues.

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