Nous vous informons que votre conversation va être enregistrée

Quand vous êtes médecin généraliste à la campagne et en plus médecin pompier, vous avez assez régulièrement des relations avec le 15, le Samu quoi ! Dans notre coin a sévi plusieurs années un médecin régulateur qui semblait avoir perdu le sens des réalités de terrain à force de ne côtoyer que son téléphone.

Garde un dimanche

Douleurs thoraciques. Arrivée sur les lieux : patient fumeur 40 ans, présentant des douleurs depuis quelques jours. Mais là, ça passe pas ! La trinitrine est inefficace, l’ECG montre un début de sus décalage. Appel au 15 !
— Ya pas tous les critères ! Vous avez son taux de cholestérol ?

Appel du 15 :

— Pouvez-vous vous rendre au village ? Le VSAB des pompiers vous y attend avec une victime qui a mal à l’épaule. Vous pourrez lui donner du paracétamol sublingual.
Elle avait la clavicule explosée et a eu droit à sa dose de morphine. De toute façon, je n’ai pas de paracétamol sublingual dans ma trousse d’urgence.
Sortie avec les pompiers
Patient agité et agressif et « bizarre » ayant pris une cuite la veille. Pas d’autres antécédents ou point d’appel. Je suis perplexe. J’appelle le 15.
— Vous devriez lui mesurer la glycémie. Ça peut donner des agitations.
— C’est ça, je vais demander à ce charmant patient qui nous fout des baffes de me prêter sa mimine pour y planter une aiguille !

À la maison de retraite

Patient de 85 ans avec une insuffisance respiratoire aiguë ; il s’étouffe ! Je demande de l’aide.
— Est ce qu’il est dément ?
Donc, si vous avez quelqu’un de dément qui s’étouffe vous êtes censé le laisser s’étouffer.

Appel du 15 :

— Les pompiers vous attendent avec un blessé qui s’est tranché le doigt avec sa tronçonneuse.
— Et je vais faire quoi, moi ?
— C’est pour un avis médical.
— Allô ! C’est le Dr V. J’ai vu le pansement. Il manque le doigt. Je confirme.

9 pensées sur “Nous vous informons que votre conversation va être enregistrée”

  1. Haha, le paracetamol sublingual. J’en ai les larmes aux yeux.

    Une fois : « le patient se sent mal, a un poids sur la poitrine et il dit que ça fait la même chose que le jour où on l’a stenté » « vous croyez qu’il faut qu’on vienne? » Non j’appelle juste parce que j’avais envie de parler.

    J’ai aussi subi le cas du dément qui s’étouffe, même appel : même conclusion! Les régulateurs sont les mêmes partout!

  2. à propos des déments en maisons de retraite, il faut quand même avouer que l’on manque cruellement de directives anticipées…
    Après un bon paquet de gardes au SAMU, je comprends un peu le mode de fonctionnement de certains regs et j’adapte mon discours en fonction. Ceci écrit il plane sans cesse sur eux le fameux couac médico-légal, l’enregistrement rend probablement les choses difficiles quand les gars passent 12 heures de suite au téléphone… Pour le moment j’ai toujours refusé ce rôle et c’est bien parti pour durer. Et je passe sur la gueguerre de territoire entre les pompiers et le SAMU : pffff, c’est vraiment naze ce délire.

  3. Bonjour,
    Je vois que les choses ne changent pas, mais c’est vrai que les gens ne changent pas, seul le système change, bien dommage !

  4. moi je dis qu’ils sont fabuleux!
    c’est tristement dramatique, mais vraiment trop drôle.
    J’aime beaucoup l’avis médical pour le doigt sectionné…

  5. Pareil : entorse connement plâtrée, pied qui enfle et presse le plâtre, douleur atroce, seule à la maison, personne pour découper le plâtre ou m’emmener aux urgences. Le SAMU : « rappelez-nous quand le pied sera bleu ». Je jure que c’est vrai, ca c’est passé il y a 15 ans mais les mots sont encore gravés dans ma mémoire.
    Depuis en cas de problème médical je n’appelle pas le 15 mais le 18. Heu ne font pas de chichis. Et puis des gars bien gaulés, quand on a mal ca fait toujours du bien rien qu’à les voir ;o))

    J’ai fait mon stage de secouriste le mois dernier, on passait notre temps à faire semblant d’appeler le 15, où ca repondait et se déplacait tout bien comme il faut, et ne posait pas de question idiotes. Je me suis retenue pendant deux jours de placer un « Et s’ils nous disent qu’ils veulent pas bouger, de rappeler quand ce sera vraiment grave, on fait quoi ? », croyant etre tombée sur un cas. Apparemment non, j’aurais du !

  6. Bonjour
    Je suis médecin SAMU/SMUR (aïe …). Je comprends vos propos mais je ne partage pas votre avis pour certains (et seulement certains). Quant au « Les régulateurs c’est tous les mêmes » en commentaire, merci. C’est peut être un peu simpliste, non ? Pour info j’ai écrit ce billet il y a 2 jours, avec pour humble espoir que de nous comprendre les uns les autres améliore nos relations et de fait la prise en charge de nos patients. Pour ma part ma formation de médecine générale m’a permis d’être au moins un temps « de votre coté du téléphone » et bien sûr que cela m’aide. Il me semble que si vous n’avez pas fait l’expérience inverse il est facile de porter des jugements définitifs sur vos confrères « du SAMU ».
    Ne voyez pas d’agressivité dans mon propos, au contraire.
    Nous avons tous, dans nos champs d’activité, nos contraintes et compétences, et souhaitons tous le mieux pour nos patients.
    Enfin je crois.

    http://docadrenaline.wordpress.com/2012/10/21/le-samu-pour-les-nuls/

    1. Désolé pour la réponse tardive, mais je n’étais plus prévenu des commentaires.
      Cet article relate les dysfonctionnements d’UNE personne. De l’avis de tous (patients, médecins,… collègues) elle n’a rien à faire dans une régulation. Mais il n’y a personne pour la remplacer. Alors, elle reste…
      Il est tout de même vrai que la régulation est beaucoup plus adaptée quand elle est faite par des anciens généralistes qui ont travaillés sur le terrain. La régulation du 15 est surtout inadaptée quand il s’agit de réguler la permanence de soins. Pour les urgences réelles, sauf cas d’espèce, je n’ai aucun problème avec eux.

  7. Pareil, je n’avais pas vu que vous aviez répondu !
    Je suis d’accord avec vous. Certains départements universitaires de médecine générale non, visiblement. En refusant cette expérience de médecine générale aux internes « traîtres » qui ont choisi de poursuivre ensuite vers la filière de médecine d’urgence, ce qui pousse (entre autres) les responsables de cette dernière à l’individualiser et la séparer dès l’ECN de la filière de MG …
    Franchement, je pense que la disparition du « bagage » généraliste de l’urgentiste, si « spécialisé » devienne-t-il par la suite, est une perte. Notamment pour cet épineux problème téléphonique. Et pour d’autres.
    Ce n’est pas que par naïveté stupide que je prône le « faites l’amour, pas la guerre » entre spécialités et leurs enseignements respectifs.
    M’enfin. Je ne suis qu’un petit zozio.
    A bientôt !

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