Assurances sans risque

Depuis que je suis installé, de temps en temps, je fais des infiltrations. Ce n’est pas miraculeux, mais parfois, il semble que ça rende service. Un genou douloureux, une tendinite de l’épaule, un canal carpien qui ne mérite pas encore le bistouri, je plante et j’injecte un peu de cortisone. Ça me permet de varier mon activité, d’entretenir un savoir-faire et ça évite au patient d’attendre une consultation chez le spécialiste le plus proche (ou le moins lointain).

En vingt ans, je n’ai jamais eu d’effet secondaire, même mineur : coup de bol, mais les statistiques font cas de moins de dix problèmes graves pour 100 000 infiltrations. Et encore, il y a souvent une erreur grossière d’asepsie.
Et voilà qu’en recevant mon dernier contrat d’assurance professionnelle, je m’aperçois que les infiltrations font partie des « activités exclues par le présent contrat ». Donc pas d’assurance en cas de pépin.
Je téléphone au Sou Médical (qui assure une grande partie des médecins) et là, on m’explique qu’il y a eu beaucoup de plaintes en 2010 concernant des infiltrations faites par des généralistes et qu’il y a donc une surprime de 150 € pour ceux qui veulent continuer à les faire.
Un rapide coup d’œil à ma comptabilité me montre que le bénéfice que je retire des infiltrations n’arrive pas à 150 € par an. Si je veux continuer à les faire, ça va donc me coûter de l’argent.
Et si je réfléchis à ce qui nous attend dans les années futures, je suis encore plus inquiet. Vu que nous sommes de moins en moins nombreux à travailler en libéral, les accidents et incidents seront de plus en plus concentrés sur un minimum de médecins. Nos primes vont flamber. C’est mécanique et inéluctable. Il faudra payer des surprimes pour faire des plâtres, des sutures et pourquoi pas des vaccins !
Après « travailler plus pour gagner plus », voici « payer plus pour travailler plus. »
Je serais un jeune médecin, je ne m’installerais pas aujourd’hui. J’attendrais de voir comment ce système va s’écrouler et de voir, sur ses ruines, ce qui va en repousser.

13 pensées sur “Assurances sans risque”

  1. Nous verrons vite à quelle sauce ils veulent nous manger. Convention à signer bientôt, mise en place progressive des ARS, démographie en chute libre. Dans les 2 ou 3 ans nous aurons une vision plus claire de notre avenir.
    Si c’est pour continuer à gagner notre vie en soignant des maladies qui guérissent toutes seules, faire des certifàlacons en courant dans tous les sens pour faire face à la demande de médecine-pizza, notre avenir sera tout tracé : disparition. Les vieux (comme moi) iront se planquer en faisant de la coordination, médecin de réseau et/ou quelques remplas et les jeunes ne viendront pas.
    S’installer, pourquoi pas ? Mais sans investir. Pour pouvoir se barrer si les choses se gâtent.

  2. L#avenir sera à des « pseudo malades » – des maladies inventée ou crée de force selon les intérêts de l’industrie pharmaceutique et du pouvoir politique où tout sera mis en place pour les bien traiter, quand aux « vrais malades » – le maladies qui existent en-dehors de la création de Big pharma et résistent à la négation de son existence par la politique de la santé public et de l’assurance de maladie, devront se débrouiller seuls.

    Mais ce n’est pas qu’en France, c’est un phénomène mondial. Dans l’avenir, les animaux vont être mieux traiter et soigner que l’homme – selon mon opinion.

    Bonne soirée

  3. mouais… pour les animaux il faut quand même mettre la main au porte-monnaie et c’est là que tout dérape… faire comprendre que la santé coûte cher, c’est pas gagné!

  4. Le système s’écroulera peut être, mais les assureurs gloutons également avec si personne ne peut les payer .
    Faute au système ou à la connerie humaine ? Telle est la question de fond même si les deux sont liés.

  5. @Carabin: la faute est a la cupidité et l’appât du gain.

    La santé n’intéresse bientôt plus personne, sauf l’argent qu’on gagne avec y compris les assurances de maladies (en Allemagne presque 300 à se partager le marché), le milieu politique et médical avec ses orientations et directives de ce qu’est la santé, les investisseurs. Le jour ne sera plus long oú la santé sera cotisé en bourse tout comme le blé ou le café.

    Certes, le vétérinaire coûte cher mais l’avenir de la médecine humaine sera identique: celui qui a des sous aura une bonne prise en charge, celui qui n’a pas les moyens devra se contenter avec le minima. Le meilleur exemple est celui des USA qui veut s’expatrier en Allemagne et une fois le pied en Europe, il pourra s’y installer partout.

    Le système allemand, plutôt, les caisses de maladies ont accordé aux médecins (en contre partie de choses de soins qui sont déremboursés) la possibilité de facturé quand le patient prend un Rv par téléphone (se nomme « consultation médicale téléphonique » peut coûté 10€ et l’assurance de maladie les prend en charge mais considère comme « IGEL » de mesurer la tension de l’œil et dans certains cas, après demande, l’assurance de maladie la prend en charge) ou l’établissement d’une ordonnance (10€). IGEl est un service ou examen médical que les caisses d’assurances de maladies trouvent inutiles ou peu efficace. Pour certains c’est vrais, pour d’autres non – tel mesurer la pression oculaire est un moyen pour connaitre l’efficacité du traitement du glaucome. Donc, si on souhaite un examen « IGEL » il le faut payer de sa poche quand on est dans le système de l’assurance obligatoire.

    Bonne soirée

  6. Tout à fait d’accord avec Dr V.
    Je rencontre les mêmes problèmes. Pour info, pour ma RCP, la médicale de France me demande beaucoup moins cher que la MACSF/sou médical pour le même service. Ce qui est très utile pour moi qui fait aussi des radio, des plâtres, des sutures, des infiltration, des ablation de naevi…
    Je crois qu’il y aura de plus en plus de place pour faire la médecine que l’on aime, car les gens auront de plus en plus besoin de médecins qui soient de vrais médecins et non des pipeauthérapeutes et autres oligohoméopathes de mes c… ou des estheticosmetopraticiens, mais peut-être faudra-t-il le faire en dehors du système conventionnel…

  7. @GdA: j’adore votre « soient de vrais médecins et non des pipeauthérapeutes et autres oligohoméopathes de mes c… ou des estheticosmetopraticiens ». Bien trouver, bravo!

    Bonne soirée

  8. « La médecine vétérinaire coute chèr. » Voilà une idée reçue. Sauf si on parle de couter chèr au vétérinaire.
    Parce que celui-ci doit sacrément investir pour s’installer (au bas mot tout ce qu’il faut à un médecin liberal, mais des locaux plus grands, plus le matériel de chirurgie, de contention, d’analyse, d’imagerie, de dentisterie, le stock de médicaments…et ça, ce n’est que le vétérinaire canin. Le véto rural ou mixte, il en a encore d’autres investissements à faire.)
    Visser-dévisser sa plaque, ça ne se fait pas comme un caprice.
    La médecine vétérinaire met le propriétaire en face des coûts d’une intervention. Contrairement à la médecine humaine, ou les interventions sont « subventionnées » par la sécu (je mets entre guillements car d’une part l’expression ne vient pas de moi, et d’autre part, le consommateur du système de santé ne se rend pas compte qu’il paie les soins médicaux tous les mois, mais que ça sort directement de sa paie.)
    Les diffèrents modes de règlement font que la médecine vétérinaire ne coute PAS le prix de la médecine humaine. Je vous recommande ce petit bout de blog:
    http://veterinairedecampagne.blogvie.com/2011/03/25/le-cout-des-choses/
    Une hospitalisation à 10 euros chez le véto, à 800 euros à l’hôpital (OK, j’arrondis)…qu’est-ce qui est chèr?
    Quand un vétérinaire fait une analyse sanguine, il vise au plus juste: qu’est-qui permet de confirmer/infirmer un diagnostic sans couter un bras au propriètaire? Le véto lambda ne fait pas des analyses à gogo, symplement parce que c’est d’usage. Le blog de Jaddo, médecin, a un joli article à ce sujet:
    http://www.jaddo.fr/2008/04/29/les-petits-ruisseaux/
    Enfin, les vétos ruraux en témoigneront, l’intervention n’est souvent pas facturée à son véritable prix, parce que les éleveurs ne pourraient/voudraient pas payer ce prix. La valeur de l’animal, c’est ce qu’il rapportera en lait ou en viande. Un veau qui ne vaut que 50 euros, on va pas y mettre autant pour le soigner, autant laisser crever. Je déteste ce que je viens d’écrire, mais c’est la réalité. Alors souvent, c’est la vente de médicaments et la canine qui subventionnent les actes vétérinaires.
    Encore un blog à lire, à ce sujet:
    http://www.boulesdefourrure.fr/index.php?post/2010/11/21/Rentabilit%C3%A9-de-l-%C3%A9levage-bovin
    Enfin, la vie de véto n’est pas une vie de chateau. Bon nombre de confrères et conseurs galèrent avec même pas le smic, pour des heures largement au délà du 35 hebdomadaire.
    J’en ai marre des médecins qui râlent à propos de leur salaire « insuffisants après taaannnnt d’années d’étuuuuuude ». Franchement, y en a ras-le-bol. Le salaire moyen du médecin généraliste moyen le place quand même largement au dessus de la médiane nationale française. Pas content parce qu’en Amérique, ça gagne plus? Ben, va en Amérique alors. T’as oublié que l’étudiant en médecine américan, il a probablement commencé à travailler en 2de pour mettre l’argent de la fac de côté. Qu’il a fait un enorme empreunt aussi, pour payer ses études, et qu’il remboursera pendant des années. Que ce n’est paut être pas si moral que ça, de soigner en fonction de ce que le patient ou son assurance peuvent payer, en non pas en fonction de ses bésoins réels.
    Tu veux du fric? Sois banquier!
    Je me suis emportée, mais ça fait un bail que ça m’irrite, tout ça.
    Mais bon, l’article de base, sur l’absurdité des assurances, montre bien que même le médecin le plus bienveillant n’est pas aidé. J’ai la chance d’avoir un médecin de campagne qui fait beaucoup de choses que je n’ai jamais vu faire par un médecin généraliste en ville. Lorsqu’il sera parti, je n’imagine pas qu’un jeune médecin s’installera à sa place. Ce sera regrètable…mais compréhensible.

  9. bonjour petite question
    combien est cotée une infiltration ?dans le temps K quelque chose maintenant ??? Combien d’infiltration par an ? 150 euros ne semble pas excessif et c’est probablement un calcul fait sur le coût qu’induit le nombre d’ennui divisé par le cout induit par la défense du médecin mis en cause . Il y a surement des progrès à faire en terme de défense du médecin. Séparer le médecin généraliste qui fait quelques infiltrations et le rhumatologue dont l’essentiel des actes techniques sont des infiltrations serait une bonne chose …
    ceci dit je partage ce sentiment d’absence de considération et de reconnaissance de la qualité de la pratique …cela nous tue tous … seule la quantité est valorisée et donc conduit à la multiplication des actes ,qui induit la baisse de la nomenclature qui induit l’augmentation des actes etc … nous n’avons pas trouvé nous médecins le moyen de faire reconnaitre la qualité . celui qui a une idée applicable serait le sauveur …le salariat comme en Angleterre , ou comme dans le système de soin des vétérans américains !! banco !! fini l’esclavage …
    bien confraternellement .

  10. Bien vu !
    Je m’installerai lorsque cette « médecine-pizza » ne sera plus, c’est à dire dans… 40 ans ? Bon… 50 disons, soyons optimistes après tout !

    Un remplaçant professionnel qui ne demande qu’à s’installer (à conditions de pouvoir faire son travail (de médecin), utopie pour l’instant…)

  11. Bonjour cher confrère,
    Je tombe sur ce blog agréable. Merci pour vos écrits. J’ai moi-même décrit mes journées de consultation sur un blog. Le ton est un peu différent mais un éditeur m’a un jour contacté pour en faire un livre qui a aujourd’hui un certain succès. Belle expérience ! Je vous souhaite la même chose.
    Je réalise aussi quelques infiltrations au cabinet. L’une d’elle, assez épique, est d’ailleurs racontée sur mon blog et une autre dans mon livre. Je ne me suis jamais soucié des problèmes d’assurance et ne savais pas que les compagnies allaient jusqu’à faire des restrictions de ce type. 150 € par an ! Votre assureur se fout un peu du monde …

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