Un medcon con

Lettre à un médecin conseil, pas particulièrement médecin, mais franchement conseil. Cette lettre a été envoyé au médecin-chef du service médical de la caisse par plusieurs médecins excédés.

Mme le Médecin Chef,
Cher confrère,

Depuis quelques années, nos protocoles d’ALD sont régulièrement refusés en partie ou en totalité par le médecin-conseil, le Dr Petitecroix. Ces refus sont médicalement incohérents et pourraient nuire à la prise en charge des patients.
Par exemple, le refus systématique de la prise en charge de l’oxygénothérapie dans l’asthme grave ou la BPCO. Tout médecin sait qu’un asthmatique peut avoir besoin d’oxygène lors de périodes aiguës, même si son état basal ne le nécessite pas. Même chose avec l’insulinothérapie chez les diabétiques de type 2 : l’insuline peut être nécessaire lors d’une surinfection ou lors d’une intervention. Mais tout ceci semble si évident …
Les corrections des protocoles dans les démences marquent une méconnaissance totale de la gériatrie. Comment faire, sans neuroleptiques pour calmer les troubles du comportement. L’HAS les déconseille, mais tous les médecins soignant des déments savent qu’ils sont parfois inévitables. Les antidépresseurs sont, eux, recommandés par l’HAS pour la dépression dans la démence (voir guide HAS), mais retoqués eux aussi par le Dr Petitecroix. Selon lui, la prise en charge par des psychologues ou des psychiatres ne semble pas concerner cette pathologie.
Bien d’autres soins n’ont pas l’heur de plaire au Dr Petitecroix : le kinésithérapeute dans le cancer du sein, la stomathérapeute et les diététiciens dans les rectocolites hémorragiques, la corticothérapie dans la goutte grave, etc.
Nous aimerions dire au Dr Petitecroix que nous soignons, souvent avec difficulté, des patients complexes et que nous n’avons pas besoin qu’un médecin-conseil limite les quelques options thérapeutiques que nous avons. Que nous avons besoin de la coopération du médecin-conseil et non d’une censure systématique et idiote.
Bien confraternellement,

10 pensées sur “Un medcon con”

  1. Certains semblent systématiquement (ab)user du faible pouvoir qui est le leur pour faire suer les autres. Certains médecins conseils que j’ai rencontrés croient en leur travail et le font bien. D’autres sont des plaies. Ces derniers ne sont plus des confrères mais des petits dictateurs (non, le mot n’est pas trop fort)

  2. La seule question valide dans la vie moderne est celle des buts et des moyens que l’on se donne pour y parvenir. … Accumuler de l’argent pour un médecin honnête ça veut dire des heures de travail sans repos et c’est dangereux, évidemment. Mais pas seulement dangereux. Les erreurs de fatigue, aussi préoccupantes soient-elles, ne doivent pas occulter le reste. Le reste, c’est l’attention à la souffrance, la disponibilité aux patients, la capacité humaine de les aider et de les écouter. Tout cela suppose, l’humain étant ce qu’il est, un rythme de détente. … On a dit que les médecins sont surutilisés surtout pour des travaux administratifs. C’est bien possible. Il est sûr que la diminution de leurs heures de travail, donc leur renchérissement, obligera les hôpitaux, le système, à rationaliser l’administration, et à en restructurer certaines parties, ce qui ne serait pas un mal, évidemment. … Bien entendu, depuis des lustres, rien n’a changé, regardez l’arrière-fond : toute la différence est là. Finie la souplesse du fonctionnement, l’époque où un médecin en vacance était automatiquement remplacé et où il dictait ses lettres de sortie en prenant son temps sans négliger le reste. L’obsession du système hospitalier d’économiser devient chaque année plus palpable et plus étouffante. Finie, sur un autre plan, la considération sociale. Le médecin n’a plus la cote d’antan. Un salaire de misère par mois et, plus grave, un avenir d’employé d’assurance : ses copains de collège, devenus avocats ou informaticiens, le regardent avec commisération. Il sauve des vies, reçoit des confidences, rafistole des existences ? Certes. Mais il n’appartient plus à la catégorie des idoles. Celui qu’on admire, de nos jours, ce n’est plus le héros, c’est la vedette. Au fond, le médecin est un original – respectable, d’accord, mais vivant selon les coutumes d’une autre planète – au même titre qu’un expatrié humanitaire. Il est, en réalité, expatrié dans la société moderne, un peu déjanté, légèrement décalé par rapport aux normes du moment…

  3. Bonsoir,
    j’ai demandé plusieurs fois à rencontrer les médecins conseils de notre secteur pour qu’on s’explique sur leurs objectifs, les nôtres et qu’on essaye de trouver un terrain d’entente pour le bien des salariés mais rien n’y fait, alors à chaque fois que je ne suis pas d’accord, j’adresse un courrier assez désagréable au médecin conseil et je mets en copie son supérieur, quand ils satureront, ils réagiront .
    Je ne suis pas d’accord sur le fait qu’on soit expatrié dans la société moderne, les gens nous font confiance, on a un role à jouer , il faut se le réappropprier et défendre nos valeurs.

  4. je me souviens avoir souhaité une DMLA à un médecin conseil qui refusait la prise en charge(mm à un taux ridicule) d’une loupe spéciale DMLA à une mamie sous pretexte que la prise en charge ne se faisait que pour les jeunes

  5. Ah.

    L’expression « censure systématique et idiote » risque de faire empirer la situation, d’après l’expérience. Vos patients en souffriront et vous n’en serez que plus frustré. Et alors vous ferez quoi ? pire ?

    La rage n’aide pas. Quand elle est là, l’évacuer dans la direction d’où elle vient ne fait que polluer la situation. Il faut l’accepter et l’évacuer AILLEURS, pour que le terrain de négociation reste le plus propre possible.

    Trouvez un moyen ou un interlocuteur -un ring de boxe, un ami, un prêtre, qui vous voudrez- pour libérer votre coeur pleinement. Ensuite seulement, si et seulement si vous avez pu mettre votre esprit au clair, vous pouvez adresser vos doléances à l’autorité.

    Et plus l’autorité est mesquine, plus vous aurez besoin de sang froid.
    Votre persécuteur est la dernière personne à qui vous adresser quand vous êtes frustré. L’avant dernière étant son entourage…

    Si vous avez beaucoup d’orgueil et que ce Dr x aggrave la situation, ça sera difficile : le dialogue administration/praticien est très fermé bien souvent, il est probable que vous l’ayez verrouillé dans ce cas.

    Ce qui est important pour la suite, c’est de savoir quelle est votre priorité dans votre pratique médicale : le bien de vos patients, ou avoir le dessus, ou vous sentir dans votre droit, ou autre.

    Vous aurez rarement tout ça à la fois, c’est comme ça, surtout face à une institution. Alors c’est important que vous sachiez ce qui compte réellement pour vous, les conséquences de vos actes vous ressembleront et vous en souffirez moins.

    ————-

    (Ceci dit, quelqu’un m’a parlé un jour d’un comptable, en m’expliquant que dans comptable, il y a « table ». Eventuellement même, la table dans la gueule du comptable, tellement dans celui-là, il n’y avait pas que « table ». C’était un comptable du Trésor, alors on se retient. C’est vrai que dans médecin-conseil, il y a « seil » et que c’est moins pratique pour se défouler)

    1. Disons qu’après avoir téléphoné, négocié, etc. il ne restait pas grand-chose comme option. Si j’étais le seul à m’en plaindre… Mais une demi-douzaine de médecins ont envoyé cette lettre. Il vient un moment où certains sont tellement « mur » qu’il n’y a qu’un coup de masse qui puisse faire bouger les choses.

  6. dans les courriers que je fais, je ne me défoule pas, j’expose les faits, explique ma position de façon argumentée par la clinique, ce qu’on sait de la maladie…..et je conclue toujurs par j’ai l’impression qu’on ne fait pas le même métier et récemment j’ai demandé une rencontre au médecin chef: une rencontre avec ses médecins conseils pour qu’on discute, qu’on trouve un terrain d’entente: à ce jour sans réponse
    Il y a quelque temps quand même est paru un document officiel préconisant des réunions médecin généraliste-médecin conseil et médecin du travail, je m’appuye sur cela

  7. C’est bien de parler des médecins conseils de la sécurité sociale, je trouve qu’on ne parle pas assez d’eux et du travail difficile qu’ils exercent (votre billet en est la preuve).

    1. Bonjour,
      Ils ont un travail que je ne voudrais pas faire, c’est sûr. Je n’ai que très rarement de problèmes avec eux. Je les respecte et essaye de les aider en envoyant un maximum d’information pour qu’ils puissent prendre leur décision. Mais celui-là …

  8. les médecins conseils ont choisi ce métier me semble t il ! combien de médecins conseils sont mis en responsabilité par rapport aux autres médecins ? leur attitude désinvolte met les patients dans des situations trés difficiles ! ça ne les gêne pas ! moi je ne les plains pas, leur travail n’est pas difficile ! ils ne font pas diagnostic, ne prescrivent pas de traitements, ils se contentent de dire si on arrête les ij ou pas, si les gens sont en ald, si….. ils ont rarement les réclamations en direct, ils ne font pas de gardes de we, de nuit, ne se forment pas ou peu, pas discutés ni par les confréres, ni par les salariés, tout le monde se range à leur avis même si on n’est pas d’accord,il y a quand même pire comme travail

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