Fier d’être généraliste (premier épisode)

Il y a longtemps que j’ai envie d’écrire cet article et qu’il tourne dans ma tête. Comment expliquer simplement mon métier ?

Tout le monde connaît le médecin généraliste, mais très peu de gens savent ce qu’il fait vraiment, quelle est la définition de son métier. Le pire est que la grande majorité des spécialistes en médecine générale sont incapables de le définir autrement qu’en creux des autres spécialités. J’ai même des collègues qui font ce métier depuis longtemps et de façon exemplaire et qui nient être des spécialistes. Mais alors ils sont quoi ?

Pour le public, c’est simple : tous les médecins sont des généralistes. Les spécialistes ont fait « en plus » une spécialité. C’était vrai, mais il y a plus de vingt cinq ans.

La médecine générale est une spécialité jeune qui s’est construite récemment. Les réformes hospitalo-centrées des années 60 ont permis l’émergence de multiples spécialités, mais il est devenu rapidement évident qu’un patient ne pouvait pas être traité et suivi uniquement par des spécialistes d’organes. Il manquait quelque chose. Même les non médecins le perçoivent puisque, naturellement, l’immense majorité d’entre eux ont choisi un médecin généraliste comme médecin traitant lors de la réforme de 2004.

C’est que le médecin généraliste est le médecin spécialiste des soins primaires.

Comment ça, ce n’est pas plus clair ?

C’est quoi les « soins primaires » ?

C’est le niveau du système de soins qui est la porte d’entrée dans le système de soins, qui offre des soins généralistes, globaux, continus, intégrés, accessibles à toute la population, et qui coordonne et intègre des services nécessaires à d’autres niveaux de soins (Macinko 2003).

Tout ça ! Et là, tout devient clair. Non ?

Il y a souvent confusion entre soins de premiers recours et soins primaires. Toutes les portes d’entrée ne sont pas des soins primaires.

  • Les urgences font partie des premiers recours, mais pas des soins primaires : pas de continuité, pas de globalité
  • Les pédiatres ou les gynécos ne sont pas accessibles — par définition — à toute la population
  • Les ophtalmos ne font pas des soins globaux

Par contre, d’autre métiers sont aussi des spécialistes des soins primaires : les infirmières, les pharmaciens, les assistantes sociales, par exemple.

 Ce niveau primaire est censé pouvoir répondre à 90 % des problèmes de santé d’une population non sélectionnée du tout venant. 

Un système de santé cohérent et efficace devrait avoir cette architecture :

  • Soins primaires : médecin généraliste
  • Soins secondaires : médecins spécialistes d’organe, cliniques, hôpitaux
  • Soins tertiaires : médecine de pointe (C.H.U. par exemple)

Les soins primaires devant être universels, et donc accessibles à tout le monde, doivent être gratuits.

Et quand les définitions sont bien comprises, il est assez facile de savoir qui doit faire quoi.

A suivre

10 pensées sur “Fier d’être généraliste (premier épisode)”

  1. Un premier épisode clair et net, qui a le double avantage d’expliquer cette position spécifique du MG aux MG eux-mêmes et aux autres, patients ou non.
    Oui, nous sommes à la base du système et sans cette base le système ne tient pas.
    Non, nous ne sommes pas des sous-médecins et pour la plupart d’entre nous la médecine générale est un choix.
    Cette vision ne rend pas les spécialistes d’organe moins utiles,heureusement que je ne m’essaie pas à la neurochirurgie, mais parfois il est bon de refaire le point sur nos rôles respectifs, dans l’intérêt du patient. Le patient qui est le coeur du système et que les conflits d’ego desservent. Le patient qui est en attente d’efficacité mais encore plus d’humanité.
    Vivement le prochain épisode.

  2. C’est une belle utopie, mais tellement loin de la réalité.
    En tant qu’ostéopathe, ça me fait doucement rire de lire un médecin écrire sur la globalité, mais ça me donne aussi un peu d’espoir en la médecine générale. Vous y êtes presque.
    Dans mon métier, ce que je comprends malheureusement de la médecine générale c’est que c’est, en gros :
    . Du triage (je peux prescrire un truc tout de suite, examens ou médocs, ou j’oriente ailleurs)
    . De la paperasse (ITT, certifs, etc)
    . Du psy simplifié

    Continuez à promouvoir une vision moderne de la médecine générale, elle a vraiment besoin d’évoluer.

    1. Bonjour,
      Je ne crois pas que nous parlions de la même globalité. J’essaierai d’éclaircir ça dans la suite.
      Et le « Vous y êtes presque » me semble assez méprisant, ainsi que le « psy simplifié » d’ailleurs.
      Le triage fait vraiment partie de notre métier et malheureusement la paperasse nous a été destinée.
      Cordialement,

  3. Mais attention, avec le prochain projet de loi sur les deserts medicaux certains profitent de ce reisonnement pour demander d’allonger l’internat de medecine generale de 2ans pour l’ammener comme la plupart des autres specialites a 5 ans d’internat + 6 ans d’externat = 11 ans pr etre generaliste. Et pd ces 2ans les internes seraient envoyes ds les deserts medicaux !
    La particularite de la medecine generale est une formation medicale continue perpetuelle. Ajouter 2 annees, ne formera pas de meilleurs generalistes. Les internes ne peuvent a eux seuls resoudrent le probleme des deserts medicaux.

    1. Si la définition du métier de généraliste était plus évidente, l’enseignement suivrait. Il ne viendrait l’idée à personne d’obliger des internes en cardio à faire des stages en neuro-chirurgie. Pourtant un de mes stage d’interne (résident à l’époque) a été pendant six mois au caisson hyperbare avec le « droit » d’aller suivre les visites du Bloc de Réanimation Respiratoire — dont chaque malade, selon le PH, correspondait à plusieurs patients de médecine générale.

  4. Le « vous y êtes presque » a l’air méprisant je sais. Il y a à mon avis une certaine purge à faire dans la médecine générale, entre certains « vieux » médecins qui n’ont aucune notion de globalité et d’autres qui restent bloqués sur une vision symptomatique de la médecine générale.
    Le « psy simplifié » est une conséquence de la loi (médecin traitant) et de la vision du médecin dans l’imaginaire collectif. Les patients viennent vous parler de leurs problèmes médicaux et psychologiques, mais vous n’êtes pas formés à les prendre en charge de ce côté là.

    1. Comme je vous l’ai dit, vous ne parlez pas de la même globalité. Et ce n’est pas une question d’âge pour avoir une certaine conception du métier.
      Comment savez-vous que je ne suis pas formé à prendre en charge les problèmes psychologiques ? C’est quoi, la formation à la prise en charge psychologique ?

  5. Je pense qu’on a la même définition de la globalité, comparé aux autres professions médicales. C’est beaucoup plus fréquent de voir un patient venir pour une douleur quelconque pour au final en déceler une autre parce qu’on a une approche globale en étant généraliste qu’en étant ophtalmo par exemple.
    Je sais pas moi, la patiente qui vient pour une grippe et qui sur le tas vous explique qu’en plus elle a des règles douloureuses pour la première fois. Chez l’ophotalmo elle y va pour un fond de l’oeil et ne pense pas nécessairement à évoquer ses règles douloureuses. Et dans son diagnostic et son interrogatoire, l’ophtalmo s’en fout complètement des règles douloureuses de la patiente.

    Les généralistes sont formés à orienter les problèmes psychologiques vers les psychiatres et les psychologues, pas à les traiter. Ou alors faudrait changer de titre ou excercer les deux professions. Malheureusement, et je fais partie de cette catégorie, on en vient toujours à approfondir les problèmes psychologiques au lieu d’orienter directement. Et ça peut être délétaire au patient parce qu’on a uniquement une formation de base en psychologie, et on peut commettre certaines erreurs qu’un professionnel formé uniquement dans ce champ là ne ferait pas. C’est en cela que j’évoque le « psy simplifié ». La formation en psychologie est trop légère, même si on en fait pendant plusieurs années, pour justifier une réelle prise en charge par un généraliste uniquement (mais les patients s’attendent néanmoins à cette prise en charge).

    Bref, vivement la deuxième partie de l’article 🙂

  6. Cher Greg,

    les medecins generalistes ont un certificat de psychiatrie, en plus d’avoir quelques notions de psychologie (ce qui n’est pas la meme chose, vous semblez confondre), ils ont aussi, grace a ces longues années d’étude, un certificat de gynecologie pour les regles douloureuses de la demoiselle, et de cardiologie au cas ou cette meme femme aurait une hypertension arterielle.
    Mais il est important effectivement de connaitre ses limites et de savoir orienter vers un specialiste, notament si besoin d’un fond d’oeil, d’une prise en charge psychiatrique specialisée, d’une echographie cardiaque.

    Le médecin soigne ses patients lorsqu’ils sont malades, organise leur suivi médical et fait de la prevention. Il a fait 10 ans d’étude. « Les patients viennent vous parler de leurs problèmes médicaux et psychologiques, mais vous n’êtes pas formés à les prendre en charge de ce côté là. » MAIS A QUOI SOMMES NOUS FORMES PENDANT 10 ANS??? pas a la paperasse en tous cas.

    Quant au « triage (je peux prescrire un truc tout de suite, examens ou médocs, ou j’oriente ailleurs) » je crois que c’est ce que nous appelons une consultation avec un interrogatoire, un examen clinique, une demarche diagnostique et therapeutique, avec bien sur un suivi…. c’est pas du triage ca, c’est le boulot de medecin. Que faire de plus quand on recoit un patient qui presente tel ou tel symptome que de l’examiner et de le traiter ?.. Comme dirait un célèbre urgentiste : what else ?

    Le mépris ne sert a rien, c’est bien cela qu’il faudrait purger. Auriez vous entrepris des etudes de medecine par hasard ?

    … Ah.. jolie psychologie que de rabaisser des médecins devoues qui sont fiers d’etre medecins generaliste.

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