Le glaucome des ophtalmos


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La vision des ophtalmos sur le système de santé, leur rôle et leur vision des autres m’a toujours paru étroite.

Depuis 20 ans et bien avant la « pénurie » je fais les « ordonnances pour les lunettes ».

Evacuons d’abord l’argument sur le contenu de l’ordonnance. Je ne peux pas plus vérifier les constantes techniques fournies par l’opticien que celles fournies par le rythmologue, l’électromyoagraphiste, l’anapath ou l’Irm ologue. Je fais CONFIANCE.

Je travaille en rural et je n’ai qu’un opticien dans le coin. Je fais (et toute ma famille) les lunettes chez lui. J’ai donc régulièrement des examens de VUE chez lui. Ce qui ne m’empêche pas de consulter un ophtalmo de temps en temps pour le reste.

Mes dernières consultations chez l’ophtalmologiste ne m’ont pas convaincu de changer mes pratiques. En sept minutes, chez trois ophtalmos différents, j’ai eu droit à l’examen de vue (et une ordonnance pour des lunettes), un dépistage du glaucome et l’examen de l’œil pour la pathologie en cours (œil rouge, corps étranger, surveillance d’HTA).

L’examen de vue de mon opticien dure 30 minutes. Nous n’avons jamais eu à refaire de lunettes.

 

 

Ensuite, maintenant, vous n’êtes plus là. Le système de santé français a donné pendant plus de trente ans l’exclusivité de l’examen de l’œil aux ophtalmos. Ce qui fait que quasiment plus aucun autre médecin ne sait faire un fond d’œil. La paupérisation de la médecine générale nous interdit l’accès aux belles machines que possède… l’opticien. Ce qui fait que, quand je veux enlever un corps étranger dans un œil et qu’aucun ophtalmo n’est disponible DANS LE DÉPARTEMENT, je vais le faire chez lui.

Au lieu de militer bêtement et désespérément pour garder la main mise sur les maladies de l’œil, vous feriez mieux de militer pour que les soins primaires aient les moyens de faire leur boulot.

Les dépistages et autre préventions sont de leur ressort. Les ophtalmologistes devraient avoir autre chose à faire que faire des examens de vue bâclés.

Je souhaite que vous passiez votre retraite bien méritée à former des gens (paramédicaux, médecins généralistes, etc.) au dépistage ophtalmo que vous offriez vos engins inutilisés aux maisons de santé pluridisciplinaires.

 

J’ai un ECG dans mon cabinet et bientôt, j’espère un échographe. Je connais mes limites en ECG et j’examine mes patients dont je connais l’historique, les risques et l’environnement. Quand l’ECG est « trop compliqué » ou que la clinique ne correspond pas au résultat que je vois, je n’hésites pas à faire appel au spécialiste des soins secondaires. Vous !

 Glaucome des OPH

 

20 pensées sur “Le glaucome des ophtalmos”

  1. Bonjour,
    Je ne suis pas d’accord.
    Je ne suis pas d’accord car vous profitez de l’effet rareté. Rareté des cas où il y a autre chose que des lunettes à prescrire. Vous êtes donc gagnant puisqu’il n’y a pas de complications chez vos patients adressés à l’ophtalmologiste.
    C’est comme les MG qui prescrivent des médicaments aux effets indésirables très rares et qui, comme ils n’en ont pas constaté, disent que cela n’existe pas (sans compter que ne les déclarant jamais, ils ne risquent pas d’être signalés).
    C’est comme le paramédical qui va traiter des angines streptococciques sans donner d’antibiotiques (le risque de RAA est nullissime, 5 cas par ans en France et l’origine angineuse est le plus souvent douteuse) : on dira : pas besoin de MG. Et ainsi de suite.
    La délégation des tâches, c’est l’objectif de l’ENA et des gouvernements : cela coûtera moins cher.
    Déléguons, déléguons, et nous n’aurons plus besoin de médecins généralistes mais plus sûrement des spécialistes des troubles du rythme rares, du ménisque gauche ou de l’interventriculaire antérieure.
    Mais, ne vous y trompez pas, moi je vais plus loin et sans rire : je suis pour la démédicalisation de la vie. Moins de médecins pour s’occuper de maux qui mériteraient seulement autonomie sociétale et common decency. Moins de médecins pour s’occuper de la grossesse ou de la mort. C’est utopique ? Non.
    Pour l’heure l’ENA nous propose une médicalisation complète d ela vie sans médecins généralistes. Top !
    Bonne journée.

  2. Bonjour,
    Il est évident que j’insiste pour que les patients aillent voir un ophtalmo, surtout s’ils sont âgés ou ont des facteurs de risque. Je ne fais pas d’ordonnance pour des gens qui ne sont pas mes patients.
    Je ne vois pas ce qui a pu vous faire penser que je voulais déléguer le dépistage ophtalmologique. Actuellement, il est anormal que ce soient des opticiens qui soient équipés pour faire ce que je considère être mon boulot. Mais c’est un fait incontournable et solide.
    Si le matériel est dans une maison de santé pluridisciplinaire, il est très facile d’imaginer l’examen de vue fait par un orthoptiste par exemple qui appelle le médecin en cas de problème médical ou pour faire simplement l’examen médical de premier niveau.
    Nous toucherons ainsi une majorité de la population — en particulier celle qui ne va JAMAIS chez l’ophtalmo, et qui emprunte les lunettes de mamie ou de papy.
    Le dépistage ophtalmo est nécessaire, mais dans notre système il est mal positiionné puisque fait en soins secondaires et non en soins primaires. Ce qui nuit gravement à son efficacité sur la population générale.

  3. Bonjour,
    Vous abordez beaucoup de sujets en un seul, quelques éléments de réponse.
    – Les actes techniques de spécialistes médicaux que vous citez sont interprétés par lesdits spécialistes sous leur responsabilité. Effectivement vous faites confiance et vous vous engagez si vous donnez suite à la CAT éventuellement proposée. Vous vous co-engagez, et le co-responsable n’a que l’intérêt de la CS ou des actes techniques qu’il a jugé bon d’employer. Dans le cas particulier, vous rédigez de votre main une ordonnance ou il n’y a pas de co-responsabilité, c’est vous qui écrivez. Celui qui vous a dicté trouvera un intérêt dans la réalisation de l’équipement, et n’est pas médecin. Je comprends très bien l’esprit dans lequel vous le faites et je n’ai sincèrement pas d’arrière-pensée mais avouez que votre opticien vous doit une fière chandelle autant que vos patients. Et vous ne m’ôterez pas de l’esprit que rédiger une ordonnance qui n’est pas la conséquence d’un processus personnel compétent pose question. Je ne peux évacuer une ordonnance considérée comme un bon à remboursement. Une ordonnance c’est du boulot.
    – Vous n’allez quand même pas reprocher aux OPH de ne plus être là ! On n’y est vraiment pour rien. S’installer seul en S1 en voulant disposer du matériel nécessaire pour ne pas déplacer les patients et ne pas me déqualifier me coûte les deux bras et de grosses journées. Ca ne se voit pas mais la médecine spécialisée se paupérise aussi maintenant qu’on ne peut faire plus d’heures.
    – La méconnaissance des conditions de nos activités amène aux réflexions telles que « l’OPH m’a vu en 3 mn » et « le MG a vacciné tous les enfants à la file pour autant de C ». On en sort quand de ces conneries ? Les OPH et les MG sont comme les autres, y’a des cons partout.
    – Les opticiens aussi, y’en a des bien et des moins bien. Je vous fais une confidence: j’ai accepté d’être le parrain d’une fille d’opticien ! Il n’empêche que cette semaine j’ai vu un gars, 12 ans après la dernière CS, les cornées ruinées par ses lentilles aimablement fournies sans contrôle aucun.
    – L’examen de vue de 30 mn c’est très bien (sans rigoler), on peut en discuter avec des personnes autorisées qui vous situeront bien les choses.
    – On ne milite pas « pour garder la main sur », c’est fini, c’est plié. Nous serons bientôt moitié moins qu’avant avec 30 000 opticiens paupérisés par ailleurs en recherche de relais de croissance. On milite pour que les décisions prises soient des mesures sanitaires et non économiques. On est quand même un peu bien placés pour voir que dans notre domaine la corde est assez tendue et que tous ceux sur qui on lorgne pour nous remplacer ne sont pas formés. Si, si !
    – Et les MG ne récupereront pas l’affaire puisque bientôt eux aussi ne seront pas là. Le seraient-ils, je vous parie que celui qui investira intellect et pépètes dans le matériel vous dira bien vite qu’il ne fera que ça dans la belle Maison de santé pluridisciplinaire pour rationaliser l’investissement.
    – Je n’ai rien contre le fait que les MG fassent les soins primaires en OPH. Le problème, comme vous le dites, est qu’ils ne sont pas formés et que la matos coûte un peu et demande des locaux. Moi, je formerais bien un gars ayant fait le DU de Patho Médicale pour travailler avec moi. Je n’ai pas encore trouvé…
    – Enfin, Jean-Claude Grange l’a déjà dit, amputer la signification médicale de l’ordonnance et accepter une délégation de taches des spécialistes c’est, à terme, inévitablement l’accepter pour la MG et renoncer au primary-care pour ce qui la concerne.
    J’ai installé une salle de bain chez moi, pour autant je ne suis pas plombier. On va faire une autre médecine, avec des non-médecins. C’est un choix technocratique qui ne sera sûrement pas assumé par ceux qui nous y engagent.
    Bon, faut que je rentre…
    Confraternellement à vous.

    1. Vous vous co-engagez, et le co-responsable n’a que l’intérêt de la CS ou des actes techniques qu’il a jugé bon d’employer. Dans le cas particulier, vous rédigez de votre main une ordonnance ou il n’y a pas de co-responsabilité, c’est vous qui écrivez.

      Je veux bien prendre cette responsabilité. J’en prends souvent d’autres, de plus graves, et avec beaucoup plus d’incertitudes. C’est le boulot du médecin. Gérer l’incertitude et l’à peu près. Jamais un patient n’est venu me reprocher ma prescription de lunettes (que je ne fais jamais payer, dois-je le préciser). 😉

      Celui qui vous a dicté trouvera un intérêt dans la réalisation de l’équipement, et n’est pas médecin.

      C’est un professionnel compétent. Beaucoup plus compétents dans son métier (faire des lunettes) que beaucoup de mes collègues dans leur propre métier.

      – Vous n’allez quand même pas reprocher aux OPH de ne plus être là ! On n’y est vraiment pour rien.

      C’est un fait. C’est tout. Je reproche simplement aux OPH de n’avoir pas cherché d’autres solutions que la solution autocentrée sur les ophtalmologistes. De ne s’être jamais penché sur une solution qui aurait pu concerner aussi les généralistes. Votre ex-président du SNOF m’a écrit un jour qu’il avait plus confiance en la régulation des urgences par ses secrétaires que par les généralistes. L’absence de tout contact que nous avons avec vos collègues (je n’ai JAMAIS eu un coup de fil d’un OPH en 23 ans de carrière et étant proche de Toulouse, je travaille pourtant « avec » une bonne vingtaine d’ophtalmologistes) montre bien que vous ne nous voyez pas, que nous n’existons pas dans la prise en charge des maladies de l’œil, sauf pour exécuter vos ordonnances faites sans tenir compte des antécédents et des traitements antérieurs que vous ne pouvez pas connaître.

      – La méconnaissance des conditions de nos activités amène aux réflexions telles que « l’OPH m’a vu en 3 mn » et « le MG a vacciné tous les enfants à la file pour autant de C ». On en sort quand de ces conneries ? Les OPH et les MG sont comme les autres, y’a des cons partout.

      Oui, mais c’est un fait aussi. Et la pression démographique et les agendas surbookés font qu’il y a (en pourcentage) dans votre métier de plus en plus de cons… pressés.

      
- Les opticiens aussi, y’en a des bien et des moins bien. Je vous fais une confidence: j’ai accepté d’être le parrain d’une fille d’opticien !

      moi je suis pas raciste, hein ! J’ai même des disques de Sydney Bechet ! — Coluche 😉

      
- On ne milite pas « pour garder la main sur », c’est fini, c’est plié. Nous serons bientôt moitié moins qu’avant avec 30 000 opticiens paupérisés par ailleurs en recherche de relais de croissance. On milite pour que les décisions prises soient des mesures sanitaires et non économiques. On est quand même un peu bien placés pour voir que dans notre domaine la corde est assez tendue et que tous ceux sur qui on lorgne pour nous remplacer ne sont pas formés. Si, si !
- Et les MG ne récupereront pas l’affaire puisque bientôt eux aussi ne seront pas là. Le seraient-ils, je vous parie que celui qui investira intellect et pépètes dans le matériel vous dira bien vite qu’il ne fera que ça dans la belle Maison de santé pluridisciplinaire pour rationaliser l’investissement.

      Vous avez une vision défaitiste de l’avenir. C’est sûr qu’en voyant les choses comme ça…
      Les médecins généralistes seront assez nombreux, comme les ophtalmos, le jour où ils passeront leur temps à faire leur métier. Pas à faite semblant de soigner des rhinos et des gastros qui passent toutes seules.

      
- Je n’ai rien contre le fait que les MG fassent les soins primaires en OPH. Le problème, comme vous le dites, est qu’ils ne sont pas formés et que la matos coûte un peu et demande des locaux. Moi, je formerais bien un gars ayant fait le DU de Patho Médicale pour travailler avec moi. Je n’ai pas encore trouvé…

      Pourquoi voulez vous que nous nous formions à l’ophtalmologie, puisque nous ne pouvons pas la pratiquer ?

      
- Enfin, Jean-Claude Grange l’a déjà dit, amputer la signification médicale de l’ordonnance et accepter une délégation de taches des spécialistes c’est, à terme, inévitablement l’accepter pour la MG et renoncer au primary-care pour ce qui la concerne.
J’ai installé une salle de bain chez moi, pour autant je ne suis pas plombier. On va faire une autre médecine, avec des non-médecins. C’est un choix technocratique qui ne sera sûrement pas assumé par ceux qui nous y engagent.

      Le médecin n’est pas obligé de faire tous les actes. Il peut avoir sur la plupart un rôle de surveillance et de coordination. Les aides-soignantes travaillent sous la responsabilité de l’infirmière qui leur délègue des soins. Quand je vais à l’hôpital local et que je prescris quelque chose à l’infirmière, je ne me sens pas dépossédé de ma médecine. J’en surveille l’exécution et propose des formations quand je vois qu’il y en a qui sont en difficulté.

      Il faut un système différent avec des soins primaires qui s’éloignent peu à peu du modèle libéral. C’est mon souhait et mon rêve.

  4. Np a déjà bien répondu, inutile d’ajouter des commentaires aux siens.
    Sur la dernière phrase, appelant « un système différent avec des soins primaires qui s’éloignent peu à peu du modèle libéral » il n’y a rien à dire non plus, c’est une opinion que je comprends et défendre à tout prix le monde libéral n’est pas notre combat.
    En revanche on aimerait vraiment que le nombre d’aveugles et de malvoyants n’augmentent pas de façon catastrophique. C’est ce à quoi conduisent pourtant les politiques qui ont été menées depuis 15 ans avec la diminution du nombre d’ophtalmos formés et le blocage de nos efforts vers les délégations.
    A ma connaissance nous sommes dans la seule spécialité qui soit allé aussi loin dans sa réflexion sur les délégations. La première « expérimentation officielle » date de 2005 et elle ne faisait que reprendre un mode de fonctionnement inventé par quelques pionniers.
    Pourquoi les choses n’ont pas avancé ?
    C’est parce que la sécu ne veut absolument pas du modèle avec l’ophtalmo pilote d’une structure, entouré d’ orthoptistes auxquels on a confié certaines tâches dans un premier temps, puis certaines prises en charge plus complexes dans un second temps.
    Ce que la sécu souhaite c’est remplacer bêtement un acte de médecin par un acte de paramédical autonome et moins cher, sans se préoccuper de la faisabilité de ce transfert. Je suis, par exemple, outré de la façon avec laquelle on a donné la vaccination aux unes, la contraception aux autres, le suivi des traitements au troisième sans l’accord préalable de celui qui s’en occupait à l’origine. Je critique la manière, pas le fait lui-même, car cette mauvaise façon de procéder entraîne inévitablement un blocage du délégant.
    Nous, nous avons environ 10 millions d’actes à transférer dans les 10 prochaines années (en fait en moins de temps). Nous pourrions ne pas nous en préoccuper car après tout nous ne sommes pas responsables de la situation (et nous ne risquons rien personnellement). Mais nous nous sentons concernés par le devenir de nos patients et nous gérons donc la transition malgré la sécu et malgré les autorités sanitaires (il semble qu’il y ait un changement, je vous en dirai plus bientôt).
    La délégation, qui est notre seule alternative à l’indifférence, que vous nous reprochez très injustement de ne pas organiser est un mouvement très difficile à conduire. Il peut s’arrêter brutalement en cas de signaux trop négatifs. Ainsi, dans quelques jours le Sénat proposera de démédicaliser les lunettes et les lentilles ce qui du point de vue de la santé publique consiste juste à renoncer à dépister les maladies oculaires. Faire plaisir à quelques grosses enseignes d’optique et aux OCAM ou soutenir une organisation soucieuse de préserver la santé des patients, le Sénat choisira. Conséquemment ce pourrait être un coup mortel pour nos délégations.

  5. Merci pour ces commentaires qui enrichissent bien le débat.
    Je ne vous reproche pas d’être indifférent, je vous reproche de n’avoir jamais même pensé à intégrer les médecins généralistes dans vos réflexions sur l’avenir de l’ophtalmologie en France.
    Pourtant, toutes les études montrent que s’appuyer sur les soins primaires favorise l’accès aux soins et favorise dépistages et prévention.
    Vous voulez toujours garder l’exclusivité du soin ophtalmologique que vous délègueriez à des paramédicaux.
    C’est tout.

  6. comme je l’ai écrit sur tw ilva te faloir être patient pour ma réponse suis peu connecté ces temps ci et mes 2 collègues NP et JB Rottier ont donné des éléments
    Je préfère attendre un peu pour peser ma réponse si tu veux bien peut être la suite de mon post
    tu peux patienter ou c’est une urgence ? 🙂
    très confraternellement

  7. La réflexion est intéressante. Je suis partagée je crois.

    Du côté ophtalmologie soins-primaires. Je suis d’accord avec Docteur V, la pénurie d’ophtalmos fait que le suivi par eux devient compliqué (pour ne pas dire impossible) dans certains coins. Et on ne parle même pas des urgences. Dans ce contexte, il est en effet regrettable qu’il n’y ait pas plus de petits gestes ou examens ophtalmos qui fassent parties du « pack compétences de soins primaires » qu’on peut trouver en cabinet de médecine générale. Tout ce que j’ai appris en ophtalmo à la fac et en stage, c’était (semblait-il) du domaine du spécialiste. Je sais rechercher une plaie cornéenne, c’est tout. On ne m’a jamais appris à enlever un corps étranger cornéen. Je ne sais pas manipuler une lampe à fente, je n’ai même jamais eu l’occasion de le faire. C’est dommage. Et effectivement, il serait judicieux que je sache faire ces choses-là. Si un ophtalmo veut bien m’apprendre, je serais ravie.

    Ce qui m’amène à l’autre côté de ma réflexion : le généraliste-peut-pas-tout-faire. Je vais probablement me faire huer, mais moi perso la multiplication des trucs qu’on me propose de faire en cabinet, ça me dépasse (moi, de façon personnelle). Je ne pourrai pas tout faire. Et je ne pourrai pas être compétente partout. Là où j’ai remplacé en zone très rurale (blanche même), on gère déjà beaucoup de choses, bien obligé vu l’éloignement géographique et la rareté des spécialistes, et très franchement je ne vois pas où on pourrait caser des dépistages/suivis ophtalmos en plus. Et l’opticien vous me direz? Oui, il y en a UN dans le coin. Et il n’est là qu’à mi-temps… Je crois que des compétences style corps étranger / lampe à fente seraient utiles, pour évaluer le degré d’urgence au moins.

    Pour le reste, je crois que les ophtalmos ne sont pas une spé globalement qui « tire sur la corde » de la multiplication des actes de prévention / surveillance. Je ne sais pas s’il faut militer pour que les ophtalmos aient le monopole de l’oeil, ou pour que les médecins généralistes fassent de l’ophtalmo. Je militerais bien pour qu’on augmente le nombre de postes d’ophtalmos, ET qu’on puisse faire un peu plus de gestes d’ophtalmo en soin primaire. Un équilibre se ferait bien alors tout seul, j’imagine…

    1. Ce qui m’amène à l’autre côté de ma réflexion : le généraliste-peut-pas-tout-faire. Je vais probablement me faire huer, mais moi perso la multiplication des trucs qu’on me propose de faire en cabinet, ça me dépasse (moi, de façon personnelle). Je ne pourrai pas tout faire. Et je ne pourrai pas être compétente partout. Là où j’ai remplacé en zone très rurale (blanche même), on gère déjà beaucoup de choses, bien obligé vu l’éloignement géographique et la rareté des spécialistes, et très franchement je ne vois pas où on pourrait caser des dépistages/suivis ophtalmos en plus. Et l’opticien vous me direz? Oui, il y en a UN dans le coin. Et il n’est là qu’à mi-temps…

      Dans le système actuel et le fonctionnement actuel, c’est en effet impossible. Il faut absolument que nous ayons plus de temps médical et que l’on nous dégage des taches qui ne sont pas de notre métier : bons de transport, arrêts de travail, paperasses diverses, certifalacons, prises de rendez-vous, etc.
      Autre chose : tant qu’il n’existera que le paiement à l’acte comme rémunération des soignants, ceux-ci, même dans une maison médicale se retrouvent en concurrence. Un acte qui est fait par la sage-femme, ou l’orthoptiste est un manque à gagner pour le médecin.

  8. Ah…j’ai oublié de répondre à cette critique « Je ne vous reproche pas d’être indifférent, je vous reproche de n’avoir jamais même pensé à intégrer les médecins généralistes dans vos réflexions sur l’avenir de l’ophtalmologie en France. »

    Si si bien sûr qu’on y a pensé, on a même poussé à la création d’un DU, mais tout le monde est contre : le ministère car soi disant qu’on va manquer de généralistes et qu’il ne faut pas les détourner de leur métier (!) et vos syndicats qui, quand on leur a parlé de ça, nous ont regardé avec un air hagard.
    Nous ça nous semblait une évidence.

    1. Si si bien sûr qu’on y a pensé, on a même poussé à la création d’un DU, mais tout le monde est contre : le ministère car soi disant qu’on va manquer de généralistes et qu’il ne faut pas les détourner de leur métier (!) et vos syndicats qui, quand on leur a parlé de ça, nous ont regardé avec un air hagard.

      Normal, ce n’est pas ça qu’il faut faire.
      Si vous subordonnez la pratique de l’ophtalmo à un D.U., les généralistes qui vont faire le D.U. vont devenir des acteurs de soins secondaires et non plus primaires. Ils examineront les yeux de leurs patients, mais aussi de ceux des autres. Dans ce cas, ils n’assureront plus le suivi « global et continu » qui caractérise les soins primaires. Ils deviendront (comme les angiologues) des spécialistes de l’œil. Dans ce cas, vous ne faites que pomper sur le réservoir des MG pour en faire des ophtalmos. Vous ne réglez absolument pas le problème.
      J’ai quelques D.U. dans ma besace. Je me sers d’une petite partie des connaissances acquises dans ma pratique de soins primaires, mais quand j’interviens dans les équipes mobiles de soins palliatifs, je deviens un acteur de soins secondaires. Ce n’est plus la même position, plus les mêmes responsabilités. Je ne vois les gens qu’une fois ou deux et je donne des avis. C’est un autre métier.
      Il faut que la formation ophtalmo pratique et clinique soit intégrée à la formation initiale des généralistes. Comme celle de l’ECG ou celle de l’échographie commence à l’être.

  9. @ DocteurV, avant dernier commentaire. Tout ça, c’est de la démagogie pure et simple. Les Britishs ont une nurse, une secrétaire et le temps de consultation moyen est de 7 minutes. Et des indices de morbimortalité qui font peur. Lis les éditoriaux de Des Spence dans le BMJ sur le système anglis pourri par les trusts et le P4P. Et il n’y a pas de paiement à l’acte. Ah bon, tu ne veux plus faire d’arrêts de travail ? Tu vas les refourguer à qui ? A une assistante qui va suivre les normes de la CNAM : une lombalgie, trois jours, une angine, une demi-journée… L’arrêt de travail est au coeur du métier, cela a dû t’échapper… sinon ce sont les énarques qui décideront.
    Tu es contre le paiement à l’acte, c’est ton droit. Moi, j’en sais rien. Contre le libéralisme, moi, non ; contre le néo libéralisme, oui.
    La non formation des MG par les structures académiques se moque du paiement à l’acte ou non : les incompétents, les truands, contourneront le système. Quant aux purs, dont je fais partie, comment en douter, ils auront aussi des honoraires chèrement acquis.
    Ne mélangeons pas tout.
    La délégation des tâches aux opticiens est une mauvaise idée, me semble-t-il, elle préfigure la fin du métier de la médecine indépendante, elle préfigure le passage du mauvais élève chez l’orthophoniste, le psychologue et / ou l’assistante sociale avec prescription obligatoire de ritaline pour retourner à l’école. On me dit dans l’oreillete que c’est presque déjà comme ça.
    Quant à la réponse de zigmund, elle me plaît bien, c’est celle d’un spé qui fait le job (et en secteur 1). Il demande quoi, le peuple ?
    Bonne soirée et merci pour ton billet car, au delà de nos divergences (qui se réduiraient si on parlait IRL) j’aime bien les MG qui écrivent et qui donnent leur avis.
    Amitiés.

    1. Les Britishs ont une nurse, une secrétaire et le temps de consultation moyen est de 7 minutes. Et des indices de morbimortalité qui font peur. Lis les éditoriaux de Des Spence dans le BMJ sur le système anglis pourri par les trusts et le P4P. Et il n’y a pas de paiement à l’acte.

      Les systèmes sont difficilement comparables.
      Le gros problème du système anglais est qu’il est sous financé et sclérosé (comme le notre).
      Pourquoi ne cites-tu pas le système suédois ou danois ? Ce n’est pas un argument de jouer sur la peur du SYSTÈME ANGLAIS dont personne ne veut (en entier).

      Ah bon, tu ne veux plus faire d’arrêts de travail ? Tu vas les refourguer à qui ?

      Tout d’abord imitons certains pays et supprimons les certificats pour les arrêts inférieurs à 7 jours. Pourquoi sommes-nous obligés de faire des arrêts de travail ? Parce que les relations entre les salariés et leur patron sont tellement mauvaises qu’ils ont besoin en permanence d’un 1/3 de confiance. Ce n’est pas mon métier, ça. Nous sommes les mieux placés pour le faire — bien que dans un système idéal ce serait plutôt les médecins du travail — mais ce n’est pas une fatalité. Et poser la question qui semble incongrue aujourd’hui peu ouvrir des voies de réflexion.

      Tu es contre le paiement à l’acte, c’est ton droit. Moi, j’en sais rien. Contre le libéralisme, moi, non ; contre le néo libéralisme, oui.

      Je suis contre le paiement EXCLUSIF à l’acte dans les SOINS PRIMAIRES. Pour les autres, ce peut être un bon système, mais je suis mal placé pour leur dire.
      Idem pour le libéralisme : nous avons plein de fonctions en soins primaires qui se marient mal avec le libéralisme, mais je ne me battrai pas là-dessus.

      La non formation des MG par les structures académiques se moque du paiement à l’acte ou non : les incompétents, les truands, contourneront le système.

      Entièrement d’accord. Mais la formation des MG fait des progrès. Elle était nulle (au sens numérique), elle progresse. Il faut que les « purs » s’en mêlent.

      La délégation des tâches aux opticiens est une mauvaise idée,

      Entièrement d’accord. Mais pour l’instant, il n’y a qu’eux.

      Quant à la réponse de zigmund, elle me plaît bien, c’est celle d’un spé qui fait le job (et en secteur 1). Il demande quoi, le peuple ?

      Le peuple demande que rien ne change et ça ne me va pas.

  10. Je vais répondre ici plutôt que chez Zigmund, pardonne-moi Zig, parce que, de mon point de vue, c’est la MG qui importe le plus dans ce débat.
    La question d’argent. C’est bien le problème, elle est incontournable vous le savez bien, c’est à cause d’elle qu’en fait nous discutons de tout cela: comment faire de la bonne médecine avec les moyens alloués d’abord, et contre d’autres intérêts ensuite (JCG, DD, Marc Girard, …)? C’est pas parce qu’on est salarié sans état d’âme par rapport financier direct au patient qu’on fait forcément de la meilleure médecine. Et le jour où vous vous poserez la question d’investir 20 000 € dans une LAF + sa table élévatrice + les sièges patient et médecin + la surface de locaux où les mettre + les consommables + l’investissement personnel pour savoir l’utiliser utilement, il y aura bien un raisonnement financier et médical pour savoir si c’est le bon investissement matériel et humain plutôt qu’un autre.
    Vous me dites « pourquoi apprendre puisque nous ne pouvons pas pratiquer? ». Où avez-vous vu que vous ne pouvez pas ? Quelle différence de fond entre un échographe et une LAF ? Aucune, des outils.
    Moi, je connais des MG qui font de l’OPH médicale. Peu, il est vrai, qui pratiquent de façon semi-exclusive (MG-SOS ou urgentistes et MG en cabinet OPH), un de manière exclusive en cabinet OPH. Beaucoup de ceux qui ont fait le DU OPH Médicale utilisent cette formation en complément théorique de leur activité MG pour gérer les urgences OPH dans leur cabinet. Le public qui suit cette formation était initialement formé d’une majorité de médecins installés, en FMC en quelque sorte. Depuis quelques temps il me semble qu’on y voit de plus en plus de jeunes « recalés » par l’ECN, n’ayant pas toujours fini le cursus de MG, qui souhaitent y voir une porte vers une activité spécialisée. Un d’entre eux s’est même installé immédiatement après sa thèse et annonce sur son en-tête une activité d’ophtalmologie médicale et adaptation de lentilles de contact, sa formation pratique semble avoir eu lieu essentiellement dans le service d’urgences d’un grand CHU sauf erreur de ma part. Bref, le point principal est qu’aucun ne se lance en autonomie autrement qu’adossé à un cabinet OPH déjà équipé. Deux raisons à mon sens: il faut être formé en compagnonnage avec un OPH puisque le CHU ne le fait pas, et le coût financier et humain ne permet pas d’être seul. Mais une autre conclusion, quand même: c’est possible, peut-être y a-t-il d’autres solution que le tableau que je viens de vous brosser, faut y réfléchir. Je vous rejoins sur le fait qu’il vaut mieux un MG formé qu’un opticien, ou une infirmière, ou même un orthoptiste (JBR va me tuer…).
    A suivre.

  11. Vous reprochez aux ophtalmos de perdre leur temps à prescrire des lunettes . Mais vous trouvez normal qu’un médecin généraliste passe son temps à rédiger des bons de remboursements de lunettes ( ne parlons pas d’ordonnance pour un recopiage de données auxquelles on ne comprend rien ) ? C’est cela,métier de généraliste ?

    1. « Passe son temps » soit environ deux minutes par MOIS.
      « recopiage de données auxquelles on ne comprend rien » Mais c’est qu’il est insultant le galapiat !

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