Stagiaire d’aujourd’hui

Ma première stagiaire ! Une interne en médecine générale qui finit ses études (9e année) vient me faire mes consultations un matin par semaine. Elle a déjà fait des stages avec des généralistes, travaillé comme interne dans divers services. Et là elle va passer six demi-journées par semaine chez six médecins différents pour bien s’imprégner de ce qui l’attend.

J’assiste à ses premières consultations pour pouvoir la secourir au niveau de l’informatique. Mais je ne participe pas. Enfin presque ! Rien que le fait d’être là change la relation entre le patient, l’interne et le médecin traitant.

Comme c’est bizarre d’assister à une consultation « de l’extérieur », de regarder sans rien dire. J’avais parfois envie de souffler les questions, les réponses, d’aller plus vite, de préciser. Mais bon, dure leçon d’humilité, une « débutante » arrive aussi bien que moi à se dépatouiller des approximations, des syndromes bizarres et des petits bobos. Au bout de quelques consultations, je me sentais vraiment de trop et je suis parti.

En traversant la salle d’attente, j’ai eu droit aux questions des patients qui y poireautaient. « Vous partez, Docteur ! » Du genre, « vous m’abandonnez ! » ou carrément « Je peux lui faire confiance ? ». J’ai rassuré tout le monde et je suis parti. Sans souci.

À midi, nous nous sommes retrouvés pour faire le point. Elle a trouvé mes patients sympas (elle est gentille en plus).

Que c’est bon de voir des yeux qui brillent en parlant de médecine générale !

Groupe de poires

Hier soir réunion mensuelle de notre « Groupe d’analyse de pratiques » dit aussi « Groupe de pairs®« . Donc après le boulot, une demi-douzaine de médecins généralistes se réunissent pour discuter de leur métier et essayer d’améliorer leurs pratiques.

Nous discutons de cas tirés au sort dans notre journée de travail, nous organisons des audits et autres évaluations. Et tout ça, bien sûr, sans aucune rémunération et même sans repas ou apéritif pharmaceutique. Indépendance, indépendance !

La discussion hier soir m’a franchement déprimé. Faire de la bonne médecine est de plus en plus difficile. Les pressions extérieures, médiatiques, commerciales, administratives semblent de plus en plus importantes. Comment résister à la demande d’un patient qui a « vu à la télé » le « grand professeur » (payé par l’industrie pharmaceutique) qui recommande tel examen ou telle thérapeutique ? Et surtout, pourquoi résister ? Nous n’avons rien à y gagner, si ce n’est la perte d’un client et une perte de temps à essayer d’expliquer notre refus à quelqu’un qui ne veut ou ne peut pas l’entendre.

Faut être maso quand même !

30 062

C’est le nombre de médecins libéraux ayant participé à une formation conventionnelle. C’est-à-dire une formation médicale payée par la sécu et qui donne droit à une indemnisation pour perte de revenu de 15 fois le tarif de consultation par jour de formation.

Ce sont quasiment (en dehors de petites réunions locales ne concernant que quelques médecins, et des formations universitaires) les seules formations indépendantes de l’industrie pharmaceutique. 30 062, ce n’est même pas le tiers des médecins conventionnés, et en général ce sont les médecins qui participent aux autres formations. C’est ce que nous constatons depuis des années. Il y a à peu près 30 % des médecins qui se forment « correctement », une moitié se contente des formations publicitaires conviviales de l’industrie pharmaceutique, les derniers 20 % ne sont jamais vus nulle part.

Il faut dire qu’il n’est pas évident de demander à des gens qui travaillent plus de 50 ou 60 heures par semaine, d’aller, sur leur temps de repos, écouter la bonne parole qui remet en question leurs petites habitudes. Surtout qu’il est démontré depuis longtemps qu’avec notre système de paiement à l’acte, mieux vous êtes formés et moins vous gagnez d’argent.

Difficile à vendre !