Les reco… du ventre

Dans notre métier difficile, nous aimons bien avoir quelques points solides sur lesquels s’appuyer et qui ne soient pas trop discutables. Nous vivons à longueur de journée dans le flou — flou du discours et des intentions des patients, flou de la connaissance médicale, flou de l’examen clinique, flou de la règlementation — mais quelques oasis de netteté semblaient pouvoir exister. En premier lieu, la Revue Prescrire qui irrite tant avec sa rigueur et son obstination à nous montrer que faire de la bonne médecine est une remise en question permanente, mais aussi les recommandations qui nous sont opposées en cas de problème médico-légal ou plus souvent dans les conflits avec les médecins conseils de la sécu.

En France, les plus connues et les plus respectées sont celles de la Haute Autorité de Santé, organisme d’état sensé mettre un peu d’ordre dans la cacophonie ambiante. J’ai suivi une formation dans cette institution pour guider mes confrères dans l’évaluation de leurs pratiques et j’avais été assez séduit par le discours et les méthodes.

Malheureusement, une fois de plus, le fric tout puissant est là, représenté comme souvent dans le milieu de la santé par les firmes pharmaceutiques. Et voilà que les reco…mandations de la HAS se transforment en reco…naissance du ventre des experts à la solde des labos.

Le Formindep devrait être déclaré d’Utilité Publique, en nous permettant de percevoir le dos des cartes qui semblent bien bisautées.

A lire

Labos pas bô ?

Des collègues me font souvent la réflexion : « Ah ! Toi, tu es contre les labos ! ». Ce qui a le don de m’énerver positivement. Je n’ai rien contre « les labos ». Ils sont nécessaires pour fabriquer des médicaments qui vont soigner mes patients. Par contre, je ne comprends pas mes collègues qui semblent croire que les firmes pharmaceutiques font des médicaments pour le bien de l’humanité, pour que les gens vivent plus vieux et en meilleure santé. C’est un peu comme si les mamans croyaient que Mattel® fait des poupées Barbies pour éduquer les enfants.

Les firmes pharmaceutiques font des médicaments pour les vendre. C’est tout. C’est leur but et leur raison d’exister. Et ils emploient tous les moyens (et ils en ont beaucoup) pour le faire. Ils ont réussi au fil des décennies à créer une dépendance de la part des médecins. Dès les premières années de médecine, les étudiants sont sollicités. Ils prennent l’habitude de recevoir des collations, des livres. Et ils prennent l’habitude d’aller demander « aux labos » quand ils ont besoin d’organiser une fête ou une thèse.

Il n’y a même plus besoin d’offrir des congrès aux Seychelles, l’habitude est prise. D’ailleurs, sous des prétextes éthiques, ils ont largement diminué leurs cadeaux divers : moins de voyages, plus d’échantillons, moins de gadgets couteux, moins d’achats de prescriptions déguisés en « études cliniques ». Ils savent que la « reconnaissance » du médecin n’est pas proportionnelle à l’importance du cadeau. Au contraire, quand vous achetez franchement quelqu’un, il vous en donne pour votre argent, mais pas plus. Un petit cadeau crée un lien plus solide et le médecin n’a pas l’impression de pouvoir être influencé en recevant un stylo ou des post-its.

Bon, maintenant je pars en vacances jusqu’à Noël. En attendant, je vous recommande quelques lectures pour comprendre et aller plus loin :
Petit Traité de Manipulation à l’intention des honnêtes gens : un grand classique
150 petites expériences de psychologie pour mieux comprendre nos semblables
Patients si vous saviez ! : la journée d’un médecin généraliste
La constance du jardinier : un roman qui est malheureusement plus vrai que vrai.

Bonne fêtes à tous !