Maladies pour rire

Le métier de médecin se rapproche souvent de celui d’enquêteur de police. Il me semble que beaucoup de médecins feraient de bons détectives. Nous avons l’habitude de recueillir des indices, d’interroger les gens et de faire de brillantes déductions avec tout ça. La conclusion de l' »enquête » est parfois surprenante.

Garde du Dimanche. Appel à la campagne pour un homme qui s’est fait « piquer par quelque chose » au pied et qui a une douleur qui lui « remonte jusque dans les reins ». Ce jeune homme d’une trentaine d’années marchait tranquillement dans l’herbe haute. Soudain, une douleur fulgurante lui traverse la cheville. Dans l’herbe, il ne peut voir le coupable mais pense que ce peut être un serpent… peut-être une vipère !!
La cheville est à peine douloureuse, il y a bien une trace de piqure, mais pas de gonflement, pas les rougeurs et chaleurs magnifiques que peut donner une morsure de vipère. Mais alors, pourquoi la douleur remonte-t-elle « jusque dans les reins » ? Je lui fait raconter l’histoire à nouveau et là, il me dit qu’il a eu tellement peur après la « morsure » qu’il a sauté par-dessus la clôture. Diagnostic final : piqure de puce et déchirure musculaire.

Hier après-midi, je passe voir mes patients hospitalisés à l’hôpital local. L’infirmière me signale, inquiète, que M. Bagi a une main qui devient bleue. Ce ne serait pas étonnant chez cet homme qui déjà eu des problèmes vasculaires et a le cerveau tout mité par des petites « attaques ». Ce qui ne l’empêche pas d’être tout à fait lucide et anxieux.

Bizarrement, la main est chaude et n’est pas douloureuse et le pouls est bien perçu. Le patient me confirme que ce matin, les doigts étaient tout bleus. En regardant attentivement la main, je m’aperçois alors que le bleu vient… de son pyjama tout neuf qui déteint allègrement. J’ai eu beaucoup de mal à en convaincre M. Bagi qui pensait bien qu’il allait perdre son bras.

Il était schtroumpfement inquiet !

Mythes

Certaines personnes bâtissent tout un mythe autour de leur maladie. Ils semblent en avoir besoin. Il y a le mythe de l’origine de la maladie, le mythe du traitement miracle, le mythe du traitement qu’il ne faut jamais prendre. Ce mythe leur permet de construire leur vision de la maladie, de mieux l’accepter peut-être en la rendant plus originale, extraordinaire ou plus aisément compréhensible. Pour le médecin, il est très difficile de démolir ce mythe, même quand il est nuisible au bon traitement.

Ce grand gaillard agriculteur au teint rougeaud vient me voir pour faire le « plein de magnésium ». Il présente depuis longtemps des attaques de panique qui sont des crises d’extrême angoisse avec sensation de mort imminente, parfois accompagnées de symptômes fort spectaculaires et angoissants… pour l’entourage. Depuis qu’il fait des « cures » de magnésium, les crises sont beaucoup plus rares et beaucoup moins intenses. Mais pour que ça fonctionne, il lui faut des injections intraveineuses. « Il n’y a que ça qui est efficace ! »

L’histoire médicale de Monsieur F. se rapproche du Larousse Médical. Les consultations sont régulières pour soulager son corps balafré et déformé par les blessures et les opérations. Pour lui, tout a commencé quand il avait 13 ans, après un accident de vélo qui l’a laissé dans le coma quelques jours. Dans sa carte mentale, même sa tuberculose, survenue trente ans plus tard, a pour origine cette chute malheureuse.

Ce patient a « les poumons fragiles ». Prisonnier pendant la deuxième guerre mondiale, il a été victime d’une pneumonie qui a bien failli le tuer. Les médecins lui ont dit qu’il resterait toujours fragile des bronches. Il a maintenant plus de 90 ans, n’a jamais fumé et se porte comme un charme. Mais à chaque fois qu’il tousse, c’est la panique. « Vous savez, Docteur, avec mes poumons fragiles ! »