J’emmerde les psychosouples

Depuis quelques semaines et le début de l’affaire Médiator, il est de bon ton de lire Prescrire qui, malheureusement, est la seule revue française médicale indépendante et rigoureuse. Pour les autres médecins, les lecteurs de Prescrire semblent faire partie d’une secte de cassecouillogues. Il faut dire que cette revue, en analysant le plus objectivement possible les données actuelles de la science semble prendre un malin plaisir à prendre à contre-pied les habitudes de la plupart d’entre nous.

Donc, cette revue nous apprend par exemple :

  • qu’il ne faut pas prescrire d’antibiotiques dans les maladies virales
  • que les médicaments qui ne servent à rien, ne servent à rien
  • que les médicaments qui ne servent à rien et peuvent être dangereux sont à éviter

Pour certains de nos collègues, c’est trop dur ! Alors, comme ils n’ont aucun argument scientifique à prévaloir, ils contournent.

« Ah ! Oui ! Mais tu comprends, les études, c’est pas la vraie vie… Nous, sur le terrain, on voit les choses différemment… Moi, je n’ai jamais eu de problème avec ce médicament et les gens en sont contents… »

« Vous, à Prescrire, vous êtes des ayatollahs, des psychorigides ! »

C’est vrai. Quand on me dit qu’un médicament est dangereux, je deviens rigide. Je refuse de le prescrire.

Je n’ai jamais prescrit de Vioxx (30000 morts), de Médiator (1000 morts), de Nexen (série en cours), de Cymbalta (série en cours).

Alors, je suis peut-être psychorigide, mais les psychosouples, je les emmerde !

Le dextropropoxyphène retiré du marché

Alléluia ! Mais combien de morts pour rien ? Tout ce temps sans réagir.

1982 : Revue Prescrire — anorectite nécrosante (pour les suppos) et intoxications gravissimes
1993 : réduction de la dose de dextropropoxyphène dans les suppos
1996 : Revue Prescrire — hypoglycémies
1999 : Revue Prescrire — interactions avec la carbamazépine (Tégrétol®)
2000 : Revue Prescrire — rapport bénéfice risque défavorable (« Il n’est pas raisonnable de faire prendre aux patients tous ces risques pour un gain antalgique incertain »)
2001 : Pharmacovigilance — atteintes hépatiques
2003 : Retrait du marché suisse
2004 : Pharmacovigilance — ulcérations œsophagiennes
2005 : Retrait du marché britannique – retrait du marché suédois
2005 : 7 décès déclarés en France — plus de 2000 aux USA entre 1981 et 1999 (hors suicides)
2007 : Retrait de la liste des médicaments autorisés au CHU de Toulouse
2009 : Retrait progressif du marché européen.

Dépression chez les anti-dépresseurs

Une étude anglaise reprenant toutes les études faites sur les antidépresseurs (Prozac®, Déroxat®, etc.) arrive à la conclusion que ces médicaments ne sont pas vraiment efficaces pour les dépressions légères. C’est d’ailleurs ce que dit depuis longtemps notre Afssaps. Mais à quoi servent-ils donc ?

Nous savons déjà qu’ils provoquent d’avantage de suicide chez l’adolescent et l’adulte jeune (avant 24 ans). Ils n’ont jamais démontré qu’ils diminuaient le nombre de suicide chez les autres. Il est facile de constater que l’augmentation, que dis-je, la multiplication des prescriptions n’a pas amené une diminution du nombre de suicidés, que ce soit en France ou ailleurs.

Par contre, ils soulagent les gens en diminuant la souffrance terrible des dépressifs sévères. C’est déjà pas mal. Mais ce n’est pas une raison pour les prescrire dès la plus petite « déprime ».

Nous n’avons plus le droit d’être triste ?

Contre le cholestérol, mais contre les artères

Après le médicament pour le diabète qui provoque des crises cardiaques, le médicament contre le cholestérol qui bouche les artères. Mais où s’arrêteront-ils ? C’est ça le progrès thérapeutique ?

C’est par là !

Je précise, suite au commentaire de Lawrence, que cette étude n’est pas définitive et ne prouve pas grand chose dans un sens comme dans l’autre. Mais qu’il n’y a aujourd’hui aucune preuve d’efficacité réelle sur l’efficacité de ce produit à protéger les patients et qu’il est donc largement prescrit sans que nous sachions s’il évite plus de complications qu’il n’en provoque.

En janvier 2008, il n’est pas recommandé de prescrire EZETROL et INEGY dans la prévention des risques cardio-vasculaires.

Le Canada contre l’Avandia

Les Canadiens commencent à réagir au scandale Avandia. D’habitude les instances françaises mettent deux ans avant de prendre ce genre de décision (qui me semble insuffisante).

Cette histoire me touche particulièrement. En effet, nous ne donnons pas des médicaments aux diabétiques pour faire baisser leur « sucre » dans le sang, mais pour éviter les complications du diabète et en particulier les complications cardiovasculaires. Comment expliquer à un patient que le médicament provoquait ce que l’on voulait éviter ? Comment lui expliquer que les études ne sont JAMAIS faites correctement pour des raisons financières ?

Avandia, un nouveau Vioxx !!

Encore une triste histoire d’un médicament mal étudié, dangereux et ne servant pas à grand chose. Il n’y a plus grand monde en face des labos, si ce n’est des petits groupes de médecins et d’usagers bien limités. 83000 crises cardiaques ! Combien de drames, de morts ?
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