Résurrection

C’était une force de la nature. Un mec solide et imposant, généreux et aimable. À plus de 70 ans il creusait sa piscine à la main.
Ce jour-là, en le voyant dans la salle d’attente, j’ai tout de suite vu que c’était sérieux. Il n’a jamais compris comment j’ai tout de suite pensé à un infarctus, alors qu’il venait me consulter pour des « vertiges ». La tête qu’il avait !

Depuis ce jour, tout va de mal en pis ; insuffisance cardiaque, fracture du col du fémur, cancer de l’intestin, escarres, alitement. Il ne reste presque plus rien de l’homme que je connaissais. L’infection de son pied semble l’entraîner dans la tombe. Sa tension baisse inexorablement : 10, 9, 8, 7 comme un compte à rebours pour le grand départ. Tous les médicaments ont été arrêtés, sauf bien sûr ceux qui procurent un certain confort. Deux jours plus tard, j’en suis sûr en quittant son domicile, c’est la dernière fois que je le vois vivant.

Le téléphone est branché, près de mon lit, attendant le coup de fil qui m’annoncera une fois encore mon échec, la perte d’un patient, d’un client, d’un ami.

Et puis le lendemain, pas de nouvelle. J’y retourne l’après-midi et je retrouve toute la famille franchement gaie qui me dit que ça va mieux, bien mieux. Le moribond quant à lui, ne semble plus décidé à mourir, il reparle, il remange, il resourit. Il nous raconte ses délires des derniers jours, il nous dit qu’il a vu la Mort, une femme très laide qui lui a dit qu’elle viendrait le 11 août et qu’elle repasserait le 14 s’il n’était pas prêt.

– Je vous connais, lui dis-je, vous ne la suivrez que si elle ressemble à Paméla Anderson !

Faut bien rigoler un peu !