Pas beaucoup d’articles en ce moment sur le blog. Je suis un peu désespéré par ce qui se passe. On nous a jeté notre euro dans la sébille et c’est tout. Aucune réflexion sur les problèmes de notre métier, aucune vision à seulement moyen terme pour faire avec la pénurie de médecins et d’infirmières. Les malades vont souffrir, c’est sûr. Le passage de la consommation de soins à la pénurie de soins va être dure à avaler.
Le boulot continue. Je me régale souvent, car ce métier est formidable, mais je suis aussi en colère, souvent, car ce métier est insupportable.
Hier, garde calme. Nous sommes là surtout pour rassurer la population et une fois de plus mon absence n’aurait pas changé grand-chose à l’état de santé des populations rurales du Sud-Ouest.
Et une fois encore, je suis « émerveillé » par l’inventivité de mes collègues pour réinventer la Médecine.
Hier, c’était les pédiatres : « Mon pédiatre me dit qu’il faut absolument que je donne du lait « Croissance » à mon enfant de dix-huit mois, sinon il risque des hémorragies digestives si on lui donne du lait de vache ! »
Les laits « Croissance » ne servent qu’à la croissance de Candia et sont du lait de vache avec simplement un peu de fer en plus. Le même pédiatre, dans une logique floue, ne veut pas que la maman donne plus de 50 grammes de viande par jour à cet enfant.
Or, c’est la principale source de fer dans l’alimentation. Je n’ai pas compris la raison, la maman non plus, mais le pédiatre a dit…
Cette pédiatre en examinant un enfant pour ses un an trouve les tympans un peu rouge et le met donc sous Nifluril. L’enfant n’avait aucun symptôme en dehors d’un petit rhume. Les anti-inflammatoires sont contrindiqués dans les affections O.R.L. en raison d’un risque (minime, mais gravissime) de cellulite (infection des tissus de la face).
Les internes en médecine générale qui sont en stage chez moi, me donnent l’impression qu’ils sont mieux formés que nous l’étions et qu’ils vont peut-être mieux résister aux sirènes clientélo-pharmaceutiques. Malheureusement, le dernier médecin installé dans mon village me fait comprendre que le Paradis n’est pas pour demain et qu’il est toujours plus facile de faire n’importe quoi que de se former et adapter ses pratiques aux données actuelles de la science.
L’EBM (la médecine basée sur les preuves) n’a pas encore pris la place de l’IBM (la médecine basée sur l’incompétence).
