La neige et l’acte

Il neige depuis deux jours : tapis blanc, verglas, etc. La neige est un véritable révélateur de ce qu’est notre métier. Dans notre région le moindre flocon paralyse les transports. Il n’y a donc personne qui vienne au cabinet ces jours-là. Et très peu d’appels de demandes de visites non plus.

Ce sont les jours de neige où nous touchons du doigt la véritable nature de notre métier et où la stupidité et le non-sens du paiement à l’acte pour le médecin généraliste est le plus flagrant. Nous ne faisons pas un métier d’actes où les gens viennent pour régler UN problème : ceux-là viennent, neige ou pas et ils ne sont pas nombreux. Nous faisons un métier de suivi et comme pour le garagiste et la révision de la voiture,  les gens choisissent les jours et heures qui les arrangent pour faire le point.

En attendant, je mets à jour les dossiers, je passe les coups de téléphones que je n’ai pas le temps de passer le reste du temps.

Je m’active, mais que des actes gratuits !

Facebook et le médecin traitant

Aujourd’hui, pour la première fois, et, je pense, pas la dernière, j’ai appris par FaceBook qu’un de mes patients avait eu un problème de santé et avait été hospitalisé pendant le weekend.

Et si je ne l’avais pas appris par FaceBook, je n’en saurais rien.

Contrairement à ce que pense la majorité des gens, les médecins communiquent très peu entre eux. Dans ce cas, le médecin qui était de garde n’a pas pris la peine de me téléphoner le lundi pour m’avertir, le spécialiste qui l’a dans son service non plus. Le « médecin traitant » est une entité qui sert seulement d’alibi pour les politiques (syndicats de médecins et ministre) montrant leur volonté d’organiser le système. Comme souvent en France, la seule répercussion du « médecin traitant » est administrative. Pour les papiers, ils savent le trouver le « médecin traitant » !! Par contre, pour avoir des renseignements ou donner des nouvelles …

Ce manque de communication et donc de coordination coute très cher à notre système en examens redondants et hospitalisations inutiles ou inadéquates. Les patients disparaissent parfois pendant quelques semaines sans que nous sachions dans quel service il sont hospitalisés, ni dans quel état ils sont. C’est souvent la famille qui nous donne des nouvelles ou l’avis de décès dans le journal local.

J’ai reçu la lettre me signalant le décès d’un de mes patients alors qu’il était mort depuis plus de trois mois. Je reçois souvent le rapport de sortie de l’hôpital alors que j’ai déjà vu mon patient et que j’ai parfois été obligé de le réhospitaliser. Dans le cas d’hospitalisations itératives, je reçois régulièrement le compte rendu d’une hospitalisation alors qu’il sort de la suivante. C’est le cas pour les chimiothérapies cancéreuses dans des moments où la coordination devrait être maximale et serrée.

Inutile de vous dire que, la plupart du temps, nous ne sommes pas prévenus de leur sortie au domicile non plus et qu’il faut gérer un vendredi soir la venue d’une infirmière, trouver du matériel, des médicaments, etc.

Une fois, j’ai reçu une carte postale de patients en vacances en Bretagne dont le fils avait eu un souci et avait fait un séjour aux Urgences. C’est la seule carte postale qui soit dans mes dossiers médicaux.

Un rayon de soleil dans la grisaille des lettre hospitalières.

Fin d’un coupe-faim

Je suis un peu rare en ce moment, mais je ne compte pas abandonner ce blog. Je suis simplement en train de me repencher sur Flash et ça a un peu changé depuis Flash 4.0 ;)

Encore une bonne nouvelle pour les patients. L’arrêt de commercialisation d’un coupe-faim inutile et dangereux.

Sibutramine Sibutral® : Suspension de l’autorisation de mise sur le marché – AFSSAPS : Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé.

La grippe et le loup

La grippe et le loup. Quel beau titre !

C’est celui d’un article intéressant de la Revue Pratiques écrit par le président du Formindep. Oui, je sais ! Toujours les mêmes ! C’est que nous ne sommes pas nombreux à militer pour l’indépendance et à mettre en pratique nos convictions. Une petite élite active qui tient dans une cabine téléphonique, mais qui sait se servir du téléphone.

Encore la grippe, toujours la grippe ! Toute la journée, je la soigne ou j’en parle ! Le discours commence à être rodé. Je ronronne tranquillement. Mais oui, ils exagèrent à la télé. Mais non, c’est pas grave. Vous ne risquez pas grand-chose. (ces remarques sont bonnes pour la grippe ou pour le vaccin, je m’économise). Bien sûr qu’il va y avoir des morts, mais c’est la vie ! (ça, je le pense, mais je le dis pas !). Eh non ! Je ne suis pas vacciné. J’attends dix volontaires pour ouvrir le flacon et pour l’instant nous ne sommes que deux ou trois (pour 120 employés de l’hôpital).

Franchement, il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Un décès sur 20000 cas de grippe. Dans mon département rural et âgé, il va y avoir un mort ou deux. En quatre mois. En France, par an, il y a plus de 500 000 décès, soit entre 40 et 50000 par mois. Il y a entre 10 et 15000 suicides par an. Alors quelques grippes !

Combien de morts supplémentaires sur les routes en se rendant dans les centres de vaccinations sur nos petites routes campagnardes humides et gravillonnées ?

Les mamans ont peur de prendre la mauvaise décision. Roseline les culpabilise, mais ne leur inspire pas du tout confiance.

Les experts non plus n’ont pas gagné en crédibilité dans cette histoire. Celui interrogé par l’AFIS dit des choses sensées et exactes sur le plan scientifique, mais se garde bien de signaler ses conflits d’intérêt.

Les médecins généralistes, qui sont les seuls à connaître les patients à risque, ne sont pas mis à contribution. Les bons semblent envoyés au petit bonheur la chance. Le diabétique avec antécédents cardiaques ne semble pas les intéresser. Pas plus que les médecins remplaçants ou les assistantes maternelles, les enseignants et autres aides ménagères.

Moi, je m’en fous ! Je crois que je l’ai eu. Des courbatures, de la toux et une sensation de malaise pendant une heure ou deux et c’est passé. Comment savoir ?

La grippe et le loup – Pratiques, les cahiers de la médecine utopique.

Interview dans le journal de l’AFIS (Association Française pour l’Information Scientifique)

Bachelot nous prend en grippe

Il fallait bien que je le fasse un jour. Après les propos de Roseline, qui semble vivre les réticences des soignants à se faire vacciner comme une insulte personnelle, j’avais envie de faire un peu le point.

La grippe A H1N1 est une véritable pandémie, puisqu’elle touche le monde entier. Sa gravité ne semble pas plus importante que celle de notre bonne vieille grippe annuelle et saisonnière. Mais, il faut savoir qu’en France, il est impossible de trouver des chiffres fiables et solides sur la mortalité de la grippe. Notre système de santé se prête très mal à l’épidémiologie, tout le monde travaillant tout seul dans son coin sans en référer à qui que ce soit. C’est pour ça que nous avons droit à toutes les interprétations possibles de chiffres facilement remis en cause.

Actuellement, malgré l’épidémie au PSG, c’est calme, mais rien ne dit que nous ne seront pas débordés dans un mois. Mais il faut être gonflé(e) pour comparer cette grippe au Sida, à la polio ou au tétanos.

Alors ! Faut-il se vacciner ou pas ? D’un côté, les risques, connus de la grippe et de l’autre les risques, inconnus, du vaccin. A priori, ce vaccin (ou plutôt ces vaccins) ne présentent guère plus de dangerosité que ceux que nous faisons par million chaque année ; mais bien sûr, un doute peu subsister à moyen et long terme.
D’un autre côté, il est prouvé depuis longtemps que la vaccination antigrippale du personnel de santé diminue la mortalité des personnes âgées dans les services hospitaliers — c’est bien plus efficace de vacciner le personnel que les vieux chez qui le vaccin marche moyen. Mais ce virus pandémique semble ne toucher que peu de personnes âgées.
Personnellement, je me suis fait vacciner contre la grippe saisonnière (comme chaque année ou presque) et je dois attendre trois semaines pour avoir l’autorisation de me faire vacciner contre le H1N1. Je verrai à ce moment là.

La vaccination « de masse » par des équipes qui ne connaissent pas les patients, ça ne met pas en confiance. Bien qu’en vingt ans de pratique et après des milliers de vaccinations effectuées sur mes patients, je n’ai jamais vu une seule réaction grave à un vaccin. Ça existe, mais c’est rarissime.

Pour vous aider à prendre votre décision (ou la conforter) vous pouvez lire l’excellente synthèse de la Revue Prescrire.

De santé fragile

Denise a toujours été de santé fragile. Denise est une enfant illégitime. Jamais je n’ai pu parler de son père avec elle. Sa mère s’est mariée avec un homme qu’elle appelle « mon oncle » et qui semble l’avoir élevée comme sa fille. C’est un tout petit bout de femme à la voix douce, presque doucereuse. Elle tient toujours à m’offrir à boire, ou des gâteaux, ou des bonbons, ou les trois.

À 25 ans, elle fait une hémorragie qui la fait passer pour morte — ou presque — auprès de son médecin. Les docteurs ne lui donnent que quelques années à vivre. Pourtant, elle participe — comme elle peut — aux travaux des champs sous les ordres de la mère de « son oncle ». La marâtre mène une vie infernale à sa bru et règne sur la ferme. Elle survit à tout cela et à sa Folcoche. Elle trouve à se marier, mais ne peut pas avoir d’enfant. « Vous comprenez, Docteur, avec ma constitution, ça n’a jamais marché ! » Alors, à 40 ans, elle adopte une des filles d’un voisin.

Une fois veuve, elle s’occupe de « son oncle » qui s’éteint tranquillement entouré de sa chaude affection. Les années suivantes, il lui faut prendre en charge sa mère qui sera la première centenaire de ma clientèle. Malgré mon insistance et sa santé fragile, elle n’a accepté de l’aide qu’en toute fin de parcours. Elle se retrouve alors toute seule dans sa maison. Sa fille est partie travailler « Ã  la ville », « dans l’informatique ».

Mais quelques mois plus tard, un charmant célibataire qui a toujours eu le béguin pour elle, la convainc de l’accueillir chez elle. Depuis, ils vivent tous les deux, tranquillement. Le temps s’écoule doucettement. Elle lui fait des petits plats, s’occupe de son linge. Il lui tient compagnie, éloignant la solitude. Elle ne l’appelle pas par son prénom, mais par son nom de famille « Bartain ».

Je lui renouvelle régulièrement son traitement pour la tension et pour l’asthme (le même depuis quinze ans). Quand les « douleurs » sont trop fortes, elle prend un comprimé de paracétamol. « Deux ? Vous n’y pensez pas, Docteur ! Ça me fait tourner la tête et ça me donne à l’estomac. Je l’ai toujours eu fragile ! » Je ne l’ai jamais hospitalisée, jamais prescrit d’antibiotiques, jamais envoyée voir un spécialiste. Elle a 90 ans et son compagnon vient de fêter ses 98 printemps.

Elle est de santé fragile, mais la maladie ne le sait pas.

Académic Mac

L’avis de l’Académie de médecine sur le Dextropropoxyphène

Franchement, lire ça de la part de l’Académie de Médecine est consternant.
Va falloir leur payer un abonnement à Prescrire.

Le dextropropoxyphène retiré du marché

Alléluia ! Mais combien de morts pour rien ? Tout ce temps sans réagir.

1982 : Revue Prescrire — anorectite nécrosante (pour les suppos) et intoxications gravissimes
1993 : réduction de la dose de dextropropoxyphène dans les suppos
1996 : Revue Prescrire — hypoglycémies
1999 : Revue Prescrire — interactions avec la carbamazépine (Tégrétol®)
2000 : Revue Prescrire — rapport bénéfice risque défavorable (« Il n’est pas raisonnable de faire prendre aux patients tous ces risques pour un gain antalgique incertain »)
2001 : Pharmacovigilance — atteintes hépatiques
2003 : Retrait du marché suisse
2004 : Pharmacovigilance — ulcérations œsophagiennes
2005 : Retrait du marché britannique – retrait du marché suédois
2005 : 7 décès déclarés en France — plus de 2000 aux USA entre 1981 et 1999 (hors suicides)
2007 : Retrait de la liste des médicaments autorisés au CHU de Toulouse
2009 : Retrait progressif du marché européen.

La Sécu et les arrêts de travail

Une polémique ridicule et préméditée qui permet à nos chers (trop chers) responsables de détourner l’attention des véritables problèmes de la prise en charge sociale dans ce pays.

Divers angles de vue :

Madame Quibrulle

Madame Quibrulle est arrivée à la maison de retraite alors qu’elle a sept enfants. Elle sortait d’un séjour dans le service gériatrique « de pointe » du CHU voisin. Le diagnostic : démence à corps de Lewy.

La démence pour un médecin, n’a rien à voir avec l’image de folie furieuse que représente ce terme dans le vocabulaire commun. C’est ce qui explique l’incompréhension de certains sur le fait de laisser des armes à feu à des gens en maison de retraite.

La démence « médicale » c’est : « … une réduction acquise des capacités cognitives suffisamment importante pour retentir sur la vie du sujet et entraîner une perte d’autonomie. Les zones particulièrement atteintes peuvent être la mémoire, l’attention, et le langage. … ». On appelait ça le gâtisme ou la sénilité. Pas de violence donc.

Chez Mme Quibrulle, le diagnostic avait été porté avec un peu de précipitation. Il faut dire que les tests diagnostiques de la démence (et donc de la maladie d’Alzheimer) ne sont pas très fiables. Elle s’est très rapidement repérée dans l’établissement et a rapidement compris que le médecin venait tous les lundi et vendredi à 14 heures. Ce qui fait qu’elle m’attend souvent à mon arrivée pour me parler de ses problèmes. C’est totalement incompatible avec une démence qui provoque toujours des troubles de l’orientation dans l’espace et/ou dans le temps.

« Ah ! Docteur ! Si vous saviez comme je souffre. C’est insupportable. Quand je vais uriner, ça me brûle, mais ça me brûle ! Ça me remonte jusque dans les épaules. »
« Ah ! Mes jambes ! C’est insupportable ! Je ne peux pas rester au lit. C’est comme du feu. Et je tremble, je tremble. »
« Si vous saviez ce que j’ai peur. Ils vont venir me tuer. Lui, il va me jeter par terre au milieu de la salle à manger, me déshabiller et me couper les cheveux et elle, elle va me couper les poils du pubis avec des ciseaux » « Les autres ? Ils ne diront rien ! Ils m’en veulent tous. C’est quelqu’un qui doit dire du mal de moi ? Mais moi, je n’ai rien fait ! »

Les divers examens n’ont rien montré. Les traitements « marchent » quelques jours jusqu’à ce que l’effet placebo s’estompe. Le psychiatre s’arrache les cheveux. Et Mme Quibrulle souffre inlassablement mais avec des variations, de la tête, du vagin, des urines, des jambes, du ventre, etc. Et elle a peur.

Mme Quibrulle est folle, mais elle n’est pas démente.